Mar 252014
 

Non l’éco-communisme ce n’est pas la planification démocratique plus la révolution NBIC

par Paul Ariès, dans le n°13 des Z’indignéEs (abonnement)

Le lancement de la revue « Progressistes » par des dirigeants du Parti communiste a de quoi inquiéter tous les écologistes. Non pas seulement parce que cette revue prend le contre-pied des luttes menées contre les OGM, le nucléaire, les Grands Projets Inutiles Imposés mais parce que tous ces désaccords ponctuels expriment un divorce sur l’évolution même de la technoscience capitaliste, notamment la fameuse « convergence » voulue par les Etats-Unis et les grandes firmes dans le cadre de la révolution NBIC (nanotechnologies, bactériologie, sciences de l’information et cognitives), ils révèlent également un désaccord de fond sur le rapport entre science et société, entre science et démocratie… Lettre ouverte à Amar Bellal, rédacteur en chef de « Progressistes ».

Nous avons choisi de nous adresser à Amar Bellal, rédacteur en chef de la revue Progressistes et l’un des responsables de la commission écologie du PCF… Chacun comprendra que le Front de gauche antiproductiviste, né de l’appel lancé par Paul Ariès et Jacques Testart, soit mort-né au sein du Front de gauche institutionnel mais vit au sein de la société. Non, Amar Bellal, l’éco-socialisme et l’éco-communisme ne seront jamais la planification écologique plus la révolution NBIC, à la façon de Lénine déclarant que le socialisme c’est les soviets plus l’électricité ; non, Amar Bellal, l’émancipation, ce n’est pas l’hégémonie de la raison calculante et l’illusion d’une amélioration infinie de la vie par les techniques.

zindignees_13Face à la gravité de la situation, nous ne nous en tirerons pas en reprenant simplement la vieille et bonne opposition entre la science émancipatrice et le scientisme asservissant, car il s’agit bien de porter le fer jusqu’à la conception même du vivant qu’impose aujourd’hui la science dominante, une science qui réduit la vie à une série d’éléments de base (le gène en biologie, le bit en, informatique, le neurone en sciences cognitive, l’atome) qui seraient aisément manipulables et reprogrammables à volonté. Ce projet pour la science du XXIe siècle, adopté par les Etats-Unis, avec l’intervention forte du courant transhumaniste dont se revendique l’un des deux co-auteurs du rapport final et sous la pression des grandes firmes n’est pas neutre « socialement ». Nous devons donc prendre conscience que la question de l’orientation de la recherche scientifique est plus que jamais fondamentale. Comment la gauche pourrait-elle défendre la même orientation de la recherche que les firmes capitalistes et productivistes ?

La réflexion au sein du Front de gauche est aujourd’hui bloquée par ces clivages, des clivages non dits pour sauver les alliances. La difficulté tient aussi à ce qu’on peut désormais entendre au sein du PCF des positions totalement contradictoires, de la même façon que les communistes du PCF vont aux municipales en ordre dispersé, souvent avec le parti socialiste, même lorsqu’il est le plus à droite, parfois avec les autres forces du Front de gauche, parfois aussi en soutenant des listes citoyennes et alternatives, parfois enfin en ayant des candidats sur des listes opposées… On pourrait à la rigueur se réjouir de cette diversité si elle influait sur les choix de la direction du PCF mais, dans ce domaine comme dans d’autres, cette liberté à la base n‘est possible que parce qu’elle est sans rapport avec les choix stratégiques de l’appareil. Une lecture même rapide de deux organes de presse du PCF, la revue Progressistes et la lettre Communisme et écologie montre qu’existe, sur de nombreuses questions, un grand écart. Le courant qui s‘exprime au travers de la revue Progressistes a choisi de mener une guerre sans merci contre la science citoyenne et appelle aussi à combattre l’antiproductivisme de gauche.

Ecoutons son principal animateur, Amar Bellal : « L’usage facile et répété des slogans contre le « productivisme » à gauche n’est pas vraiment un bon signe : cela relève plutôt d’une méconnaissance de la réalité démographique, et de la sous-estimation des défis que nous allons devoir affronter »… Comme si, cher Amar Bellal, le problème était celui d’un « trop d’humains », comme si aussi la croissance économique, le « toujours plus » était la solution à l’exploitation économique et à la misère des masses. Il faut être riche pour croire encore à cette fable productiviste, comme il faut être un Président des pauvres comme « pepe » Mujica en Uruguay pour dénoncer ce chantage constant au partage de la misère ! Ce n’est donc pas par hasard que l’on croise au fil des pages des textes en défense du nucléaire, des OGM, des nano-technologies, des Grands projets inutiles imposés, de la voiture tout-électrique, de la ligne Lyon- Turin, de la billetique, de l’aéronautique, des transports spatiaux, de l’informatisation généralisée, etc. Ce n’est pas par hasard non plus que la revue prend position contre le scénario Négawatt (cher pourtant au Front de gauche), qui ne serait qu’un partage de la pénurie (sic), ou contre le slogan militant « ni ici ni ailleurs », utilisé pour refuser les GPII sans tomber dans le fameux syndrome NIMBY (« pas dans mon jardin »), slogan pervers (sic) car il masquerait une forme de néo-colonialisme déguisée de préoccupations écologistes (rien que cela). Nous, partisans de l’éco-socialisme, de l’éco-communisme, nous, Objecteurs de croissance amoureux du Bien vivre, nous, militants de la démocratie réelle et participative ne pouvons qu’être inquiets de lire sous la plume d’un dirigeant communiste qu’il ne serait pas normal que n’importe qui puisse s’exprimer sur n’importe quel sujet, comme si la vraie démocratie n’était pas justement de postuler la compétence des gens incompétents : « On peut parler de déchets sans avoir la moindre notion de chimie, commenter le rendement des centrales électriques sans avoir entendu parler du principe de Carnot… »

Et bien oui, on peut aussi parler de répartition de la valeur ajoutée dans l’entreprise sans être agrégé d’économie, on peut même penser, parler et voter sans savoir lire ni écrire… L’éducation populaire c’est aussi de rompre avec ce modèle d’un savoir qui tomberait tout cuit du Ciel… de ceux qui savent. Non, les adeptes du « penser global, agir local » ne sont pas nécessairement des « démagos » et « réactionnaires » (sic). Cher Amara Bellel, tu finirais par nous faire croire que l‘écolo-communisme, dans lequel tu nous souhaites la bienvenue, serait contre les circuits courts, contre le fait de cultiver son jardin, de faire du vélo, de manger bio (sic)… heureusement nous connaissons des milliers de communistes « écolos » qui pensent autrement. Non Amar Bellal et Alain Pagano, combattre les GPII, ce n’est pas choisir le camp de l’austérité (sic), ce n’est pas dire non plus que l’homme et l’écologie seraient incompatibles (resic)… Non, cher Ama Bellal, ingénier et agrégé, on ne peut pas imprimer que le nucléaire civil aurait sauvé 1,84 millions de vie depuis 1971, c’est de même niveau que lorsque la droite et la FNSEA disent que l’agriculture productiviste aurait permis de nourrir la planète. Non, Amar Bellal et Sébastien Elka, l’objection de croissance amoureuse du bien vivre ce n’est pas « le retour individuel et individualiste à la terre », ce n’est pas Vichy. Non, Amar Bellal, la critique légitime du productiviste n’est pas « devenue par glissement la critique de la production sans nuance ». Non, Amar Bellal, l’objection de croissance ce n’est pas « d’accepter tacitement la délocalisation vers d’autres pays pour ne pas avoir à s’embarrasser de ses nuisances » (sic), ce n’est pas davantage accompagner la dévalorisation des métiers liés à la production (resic). Non, Amar Bellal, nous n’aurons pas « toujours besoin de produire plus » comme tu l’écris, nous aurons besoin pour satisfaire les besoins de la population croissante de répartir autrement le gâteau (le PIB) et d’en changer la recette. Si comme le reconnaît avec sagesse la revue Progressistes : « Un des grands débats dans le Front de gauche est de savoir si nous devrons produire plus dans un avenir proche afin de satisfaire les droits humains dans le monde ou si au contraire il suffira d’une politique de sobriété et de changement dans nos modes de vie. » alors ne commence pas par dénaturer les thèses antiproductivistes et accepte d’en débattre.

Non, Amar Bellal, le mépris ne peut tenir lieu de politique… Comment peux-tu renvoyer doctement dans les cordes les militants,qui effectivement ne sont pas tous savants comme toi, mais qui osent cependant défendre des idées émancipatrices ! Je préfère mille fois mes compagnons de lutte à l’agrégé Allègre ! Comment osestu écrire à l’encontre des gens ordinaires que l’inversion des valeurs ferait que « moins on en sait dans un domaine plus on est censé être objectif, « honnête » et indépendant »… Souhaites-tu que le petit peuple fasse encore chapeau bas devant tous les scientifiques et les Académies qui ne trouvaient pas l’amiante et la dioxine si dangereuses ? Nous préférons nous être aux côtés d’ATTAC pour s’interroger : « En se prononçant en faveur des OGM, les académies des Siences de médecine et de pharmacie sont-elles devenues des filiales des grandes firmes multinationales de l’agroalimentaire et de la pharmacie ? ». Allons donc cher Amar Bellal, c’est le même discours que sert le MEDEF à l’encontre des syndicalistes qui osent contester les choix « scientifiques » du patronat…

Cette conception de l’éco-communisme ne peut être celle du XXIe siècle, cette conception est celle d’un socialisme de l’ingénieur qui a tant fait de mal à la gauche et aux milieux populaires, un socialisme de l’ingénieur, digne héritier de Saint-Simon, qui explique l’amour passé des communistes pour le taylorisme et le fordisme, pour les grandes surfaces et les grands ensembles. Ce n’est pas vrai, que cette gauche-là aurait été productiviste parce que la question « écolo » n’aurait pas encore émergé durant les Trente Glorieuses, cette période diabolique que tu sembles regretter mais qui détruisit les cultures populaires, c’est à dire les façons pré (et post)-capitalistes de vivre et qui est responsable de l’effondrement écologique en cours, c’est le stalinisme qui tua tout ce qu’il y avait de pensée antiproductiviste, y compris au sein des communistes russes et… français. Non, Amar Bellal, l’anti-productivisme ne doit pas seulement dénoncer l‘obsession de produire pour accumuler des profits car le productivisme d’Etat de l’URSS n’était pas mieux !

Lanceurs d’alerte contre lobbies

Cher Amar Bellal, en considérant que ’ambition politique sans le progrès technique condamne à partager la pénurie(sic), tu adoptes le point de vue des riches sur la richesse, tu fais tienne la thèse d’une accumulation productiviste sans fin. Cher Amar Bellal, tu condamnes dans la foulée toute idée de « sciences citoyennes » que tu renvoies à la vieille opposition entre sciences bourgeoise et prolétarienne à la Lyssenko, tu diabolises pour faire bonne mesure les associations comme la CRIIRAD (nucléaire), le CRIGEN (OGM), le CRIIREN (ondes magnétiques) qui seraient toutes « pas si respectables que cela » car animées d’une « idéologie de type anti » (sic), tu qualifies leurs travaux de « canada-dry de l’expertise scientifique »… Gilles-Eric Seralini serait bien sûr à brûler vif tout comme les auteurs de l’étude sur l’impact du nuage de Tchernobyl en Corse, tout comme Marc Lipinski, biologiste mais aussi  élu EELV, chargé par le CNRS d’une mission « sciences citoyennes » en son sein…

Cher Amara Bellal je te comprends : tous ces lanceurs d’alerte font de la peine aux lobbies du nucléaire et des OGM en prônant ne« science plus ouverte à la société » ! Tous ces « anti » joueraient, selon toi, sur a peur et la perte de confiance envers les experts – ceux qui ont le monopole de la arole légitime comme disait le regretté Bourdieu… Bref, non seulement les sciences citoyennes marqueraient le retour des « sciences prolétariennes » mais leurs véritables motivations seraient douteuses :les militants antinucléaires ne feraient-ils pas finalement le jeu du lobby du charbon t du gaz (sic) ? La Fondation Sciences Citoyennes serait néfaste en faisant l’inverse du Telethon (cela tombe bien, nous n’aimons pas cette opération) car au lieu de demander aux citoyens de soutenir la Science (à majuscule) elle imposerait à la science de soutenir un effort politique (sic)… Comme si les choix en matière de recherche scientifiques et d’application n’étaient pas aussi politiques… Comme si à Cuba les médecins qui choisissent d’utiliser le TRAMIL (médecine fondée sur le refus des pétro-médicaments) contre le Vidal ne faisaient pas une politique de classe.

Le pire c’est que la revue Progressistes n’est pas isolée dans sa guerre contre les tenants d’une science citoyenne : on rapprochera sa démarche scientiste de celle du lobby « Confrontations Europe », Think Tank fondé en 1992 par des (ex)dirigeants du PCF comme Philippe Herzog (ancien membre du BP du PCF devenu depuis conseiller spécial de l’UMP Michel Barnier) ou Claude Fisher (ancienne secrétaire fédéral du PCF) mais aussi Jean-Pierre Brard (qui a aussi les honneurs de Progressistes) et le dirigeant de la CGT, Jean-Christophe le Duigou… « Confrontations Europe » défend l‘idée d’une Europe productiviste, nucléarisée… Parmi ses soutiens, on trouve le gratin des firmes comme Areva, Google, AXA, le CEA, Sanofi, Véolia, la Sodexo, etc. Parmi ses partenaires des représentants du MEDEF, de la CFDT, de la CGT, de la Fondation pour l’innovation politique, des anciens ministres de droite (Alain Lamassoure) comme de gauche (Michel Rocard), etc. Tout ce petit monde productiviste défend les OGM, le nucléaire, les bio-carburants et n’aime pas l‘idée d’une science citoyenne. Nous avions donc aux Z’indigné(e)s de très bonnes raisons de donner la parole à nos amis de la Fondation Sciences Citoyennes.

  4 commentaires à “Le retour de la gauche scientiste – Paul Ariès”

  1. Controverse intéressante. Pour moi Amar Bellal qui est le véritable représentant de la tradition de gauche, qui est de mettre le progrès technique au service de l’amélioration de la vie de tous, et spécialement des plus défavorisés.

    Le discours ultra-écologiste de Paul Aries est un discours de droite, un appel à la résurrection du « bon vieux temps ». De plus sa passion le conduit à se rallier aux positions les plus aberrantes, de prendre pour mentor un individu malhonnête comme Seralini, des associations qui ne visent qu’à faire du bruit et à répandre des mensonges pour avoir une place au Soleil, telles les CRI – RAD, -GEN, -REN

    • Merci cher Gunther pour ce plaidoyer pro domo. L’absence de véritable argumentation peut-il signifier ipso facto impossibilité de discuter ?

      A-t-on le droit de critiquer « la tradition de gauche » sans se faire traiter « d’ultra » ? Alors qu’il s’agit juste d’être radical-cohérent…

  2. Cher Paul
    Tu as parfaitement raison de vouloir croiser le fer contre cette vieille hydre communiste scientiste. Il me semble bien que c’est Marx qui a fondé la philosophie politique des sciences en affirmant (le premier) que dans une société bourgeoise la science ne peut être que bourgeoise ! Ai je tort de penser que, chez les communistes, ce scepticisme « originel » vis a vis de la science, ce refus de prendre en compte la part de manipulation capitaliste dans la production scientifique, cette idée folle consistant à assimiler travail du savant et exploitation mercantile de ses oeuvres, perd du terrain au fil des générations ? J’y vois pour ma part le résultat d’un certain embourgeoisement du militant communiste de base, la fin (malheureuse) d’une « in-quiétude » consubstantielle au communisme et au christianisme. L’écologie est arrivée à temps pour reprendre le flambeau de la critique de la raison pure…
    Pour affronter le scientisme, tu vas devoir te passer des communistes. Dur, dur… Je ne vois guère aujourd’hui que les écologistes sincères, les décroissants, les chrétiens qui réfléchissent (même ceux qui n’ont pas lu « Fides et Ratio ») comme d’ailleurs ceux qui croient au miracle de l’immaculé conception, les adeptes des régimes ou des médecines alternatives, les sectateurs et les illuminés de tous bords. Voilà ton armée mon cher Paul ! Une armée bien hétéroclite. Bon courage à toi pour réunir tout le monde sous la bannière de la décroissance, car tu ne manqueras pas, chemin faisant, d’alliés indésirables.
    Justement , en parlant d’alliés indésirables : dans les années 30, un obscur médecin allemand adepte de Max Gerson et naviguant dans des milieux troubles, avait mis au point un régime « anti-rationnel » qui au lieu d’utiliser l’intelligence supérieure des agrégés de médecine prétendait utiliser l’instinct alimentaire des enfants et des patients. Résultats probants publiés dans les revues médicales de l’époque, y compris pour une maladie qu’on dit aujourd’hui « inguérissable » . Voilà le genre d’expérience reproductible qui aurait le grand avantage de mettre tout le monde d’accord au sujet des limites inhérentes à l’entendement rationnel. De quoi convertir les communistes dont les neurones sont les plus durement agrégés. Pour ma part, j’ai trop cherché, adolescent, une antidote salutaire à la raison arraisonnante (dans le sens du Gestell heidegerrien ) du capitalisme pour ne pas me réjouir à l’avance de sa débacle.

    J’ai toujours plaisir à te lire.

  3. Ou ces vilains communistes qui ont vraiment la vérole!Argumentations sur un ramassis de mensonges,démonstration est faite que vous n’avez pas lu « Progressistes » mais que vous allez tout nous dire!
    J’ai au moins cette certitude,le jour ou les communistes seront sur vos positions,c’est pas demain la veille,vous trouverez encore le moyen des critiquer leur travail!
    Parce qu’il est évident que vous êtes le seul à avoir raison,si on sait pas ça on est…….. communiste!Mais il est vrai que lorsque l’on est nanti ce qui peut arriver aux plus modestes n’est pas intéressant!

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