Lettre de soutien aux grévistes de la faim en lutte contre le projet d’aéroport de Notre Dame des landes
Cher(e)s Camarades, En tant que théoricien de la « décroissance », ayant [...]
1- Quelle différence entre Décroissance et Objection de croissance ?
– A première vue, il n’y aurait là qu’une querelle de mots qui aurait du être depuis longtemps tranchée entre, d’un côté, l’élégance d’une expression-référence à la résistance des « objecteurs de conscience » et de l’autre un mot malheureux tant par son préfixe – « dé- » aurait une connotation seulement négative – que par sa racine – on en resterait encore à une définition-révérence par rapport à la « croissance ». – Répondons d’abord qu’il y a de très beaux mots – et de très belles pratiques associées – qui commencent par ce préfixe : par exemple, je préfère « débattre » que me « battre ». – Et même dans le négatif du « dé- » de décroissance, il y a l’idée que les décroissants savent plus facilement ce qu’il ne faudrait pas faire que ce qu’il faudrait faire. Et en effet, nous savons quel monde nous ne voulons pas/plus ; pour autant, pour les mondes que nous voulons, les expérimentations et les discussion sont ouvertes… – Continuons en répondant à ceux qui jugent que le mot n’est ni « séduisant » ni « attractif » que le but des « décroissants » n’est peut-être ni la séduction ni l’attraction. – Quant à lui ajouter un qualificatif « soutenable », « sereine », « conviviale », il n’y a là en fait qu’une [...]2- L’opposition croissance/décroissance est-elle un raccourci simplificateur ?
– Dans un premier temps, ne faut-il pas assumer cette « simplification » ? Oui, les O.C. désirent s’émanciper des illusions et des aliénations de la religion de la Croissance. Manière de ne pas distinguer entre économie, écologie, social, politique, humain : car, il serait bien « abstrait » de laisser croire que l’imaginaire de la croissance qui serait à dénoncer en économie devrait être ménagé et développé dès qu’il s’agirait du social. Concrètement, le « paradigme de la décroissance » ne peut pas être découpé en tranches. – Maintenant la « simplification » résulte trop souvent d’une caricature : en dénonçant une croissance infinie, les O.C. ne s’apercevraient pas qu’ils risquent de prôner une décroissance vers le zéro. Pour les O.C., la décroissance c’est d’abord la décroissance des inégalités socio-économiques et de l’empreinte écologique. Or sur ces deux points, il faut une certaine mauvaise foi pour laisser croire que les O.C. seraient des « bisounours » qui rêveraient d’une société à l’empreinte écologique nulle et aux inégalités (économiques, sociales, culturelles) nulles. Une telle société serait une société sans humains. Les O.C. ne sont pas coupés du principe de réalité. – Par delà ces simplifications, il n’empêche que la Décroissance peut bien apparaître aujourd’hui comme ce spectre qui va hanter le XXIe siècle. [...]3- Les objecteurs de croissance (O.C.) sont-ils de gauche ?
– Historiquement, les O.C. le 11 septembre 1789 se seraient rangés à gauche du président de séance de l’Assemblée nationale pour refuser d’accorder au roi un droit de veto absolu sur les lois. – Economiquement et socialement, nous nous posons les mêmes problèmes que ceux que la gauche devrait se poser. Et comme nous considérons que la politique est le lieu où nous devrions décider ensemble de nos décisions, nous défendons un volontarisme politique ; par exemple, aucune injustice sociale n’est « naturelle » et par conséquent la justice sociale non plus n’est pas naturelle mais est affaire de volonté. – Mais nous ne sommes pas/plus dans le même paradigme que « La Gauche » : à cause de notre antiproductivisme, de notre antilibéralisme (même si nous savons distinguer entre un libéralisme philosophique et un libéralisme idéologique), de notre anti-utilitarisme (nous ne réduisons pas l’intérêt à l’intérêt économique), de notre anticonsumérisme. – Au début du XXe siècle, le philosophe Alain raconte que s’il rencontre quelqu’un qui « ne fait pas de politique » alors il ne peut s’empêcher de penser : « voilà quelqu’un qui n’est pas de gauche ». Eh bien, les O.C. font de la politique et chacun peut en déduire : « voilà des gens qui ne sont pas de droite ! » [...]4- Les O.C. se préoccupent-ils assez de la question sociale ?
– Si « se préoccuper assez de la question sociale » c’est ne se préoccuper que de la question sociale, alors les O.C. acceptent ce reproche. Mais dans ce cas, que cette réponse nous donne droit à poser sans tarder d’autres questions ; que ceux qui nous font ce reproche se demandent s’ils se préoccupent assez de la question écologique, de la question démocratique, de la question anthropologique. Et quand ils répondront en liant toutes ces questions, nous serons ravis de constater que nous pouvions éviter de nous faire de tels mauvais reproches. – D’autant que la question sociale est au cœur de nos propositions ; ainsi nous ne nous contentons pas de demander une revenu inconditionnel, nous l’associons sans hésiter à une revenu maximum. – D’autant que l’effet de masse critique résulte de la conjugaison des forces des initiatives concrètes et des contre-pouvoirs dans les luttes sociales. – Une alternative concrète coupée de sa dimension « mouvement social » a tous les risques de s’enfermer dans la « communauté terrible », le « quant-à-soi, le système d’enfermement local. C’est pourquoi les « alternatives concrètes » doivent « faire réseau » (et entamer sans délai une critique de cet outil-réseau pour en faire un usage « convivial » (I. Illich). – Encore un exemple, celui [...]5- Les O.C., faute de sens pratique, oublient-ils la modélisation et les expérimentations ?
– Si le « sens pratique », c’est la compréhension réfléchie de la pratique, c’est la théorie à partir de la pratique, alors ce reproche, en plus d’être injuste, est d’abord une preuve d’ignorance de ce que proposent et vivent les O.C. ! – Car précisément, c’est bien par les expériences et les pratiques que les O.C. s’engagent en politique ; par le « pied des expériences ». – Maintenant, si ce reproche signifie que les O.C. sont des uto-pisteurs qui ne peuvent pas décrire à l’avance une société idéale valable pour tous et pour toujours alors les O.C. revendiquent cet absence de sens pratique ! Nous connaissons (parce que nous y vivons) la société que nous rejetons ; nous commençons à être au clair sur trajet pour en sortir ; pour la suite, oui pour l’ouverture des expériences et des discussions…6- Les O.C. réduisent-ils la politique à un repli sur des comportements individuels ?
– Cette critique revient à traiter les O.C. d’individualistes libéraux qui s’ignorent. Comme si les O.C. misaient tout sur les individus en pensant que les comportements individuels permettront de construire une société humaine et juste. – L’habileté de cette critique, c’est d’essayer de réduire le débat – celui qui porte sur la transition – aux termes de individu/société/Etat ; et d’en déduire que si les initiatives individuelles ne peuvent pas réussir à changer la société alors c’est à l’Etat qu’il faut confier ce rôle historique. Les O.C. acceptent la prémisse : les initiatives individuelles peuvent être plus dépolitisantes que repolitisantes. Et pourtant, nous n’en acceptons pas la conclusion : pourquoi ? Parce que nous ne voulons plus entretenir l’illusion que la prise préalable du pouvoir (surtout celui de l’Etat, car il n’en va peut-être pas de même pour la prise de pouvoir au niveau municipal…) est la condition nécessaire de la transformation de la société. – Et c’est pourquoi, sans attendre, les uto-pistes des alternatives concrètes commencent d’autres mondes possibles. Ces commencements sont particulièrement importants parce qu’ils ne sont pas des initiatives individuelles mais toujours des projets collectifs et associatifs. C’est aussi en ce sens que les O.C. sont résolument des anti-libéraux. – Quiconque [...]8- Les O.C. valorisent-ils excessivement les communautés traditionnelles du passé ?
– Certes, les O.C. n’ont pas le culte de la mode et de la modernité. Le nouveau n’a pas toujours raison. Mais il n’a pas toujours tort. Et c’est bien pourquoi les O.C. veulent avoir un rapport entier au temps ; il ne s’agit plus de répéter une querelle politique des anciens et des modernes, en opposant un passé ringard et folklorique à un avenir radieux et prometteur. Il s’agit tout au contraire de sortir de cette direction linéaire et dirigée du temps à l’image d’une ligne droite. Si les uto-pistes doivent commencer sans attendre, alors plus question de croire en un déterminisme matérialiste de l’Histoire. Est-ce là être « réactionnaire » parce que les O.C. se sont émancipés de l’aliénation du mythe du Progrès ? Il ne s’agit pas de refuser les progrès mais de refuser le mythe du Progrès : décroître, c’est souvent d’abord « décroire ». – C’est dire que les O.C. veulent imaginer une « politique des possibles » : « d’autres mondes sont possibles ». Et dans ces possibles, sans aucune nostalgie d’un retour à la préhistoire, pourquoi la politique devrait-elle s’obliger à ignorer les héritages des autres formes de vie et d’organisation politique ? Pour penser le pouvoir, pourquoi se contenter de commencer avec Machiavel et se priver [...]9- Les O.C. sont-ils des écologistes benêts ?
– Très bien de ne pas être un « écologiste benêt » ; mais encore faudrait-il déjà être un « écologiste ». Car sinon, cela donne à entendre que tous les écologistes seraient des « benêts ». D’autant que s’il est nécessaire d’être « écologiste », cela ne signifie pas que c’est suffisant : évidemment ! – Pour ne pas être un « écologiste benêt », alors il faut avoir l’audace d’être un « écologiste radical », c’est-à-dire oser aller « au fond des choses ». Plutôt être cohérent qu’intransigeant. – Le « fond des choses », en politique, c’est la question du pouvoir. Plus exactement, sa concentration aux mains des élites (finance, politique, média, industrie). A la source de cette concentration, on trouve l’instauration du « système » de l’économie de marché – avec l’économie de croissance qui en est résultée – et l’introduction parallèle de la « démocratie » représentative. – Faire de la conquête du pouvoir un préalable du changement de la société, c’est répéter les mêmes erreurs historiques du « socialisme réel » et de la « social-démocratie ». Après les « déçus de la gauche », les futurs « déçus de l’Autre gauche » ? Peut-on faire autrement ? Peut-on changer la société sans prise préalable de pouvoir (de l’Etat, dans les régions, etc.) ? – C’est pourquoi les O.C. proposent une « véritable [...]10- La stratégie du « mot-obus » conduit-elle à l’isolement ?
– Le présupposé de cette critique c’est d’installer la question politique dans la stricte alternative de l’isolement ou de l’Unité. Or la stratégie de l’Unité est une stratégie électoraliste dont les O.C. veulent à tout prix se méfier. Faire de la politique ; oui. Aller aux élections ; oui pour l’amont du processus électoral. Juger du succès d’une élection au seul critère de la victoire électorale : certainement pas… – L’image de l’obus est certes guerrière ; a minima provocatrice. Occasion alors de rappeler au préalable notre pacifisme radical. Occasion ensuite de signaler que cet « obus » a pour fonction de s’en prendre à une forteresse. Occasion enfin d’accepter que cette forteresse ne pourra jamais « récupérer » la décroissance… – Les « mots-obus » – anticapitalisme, antiproductivisme, anticonsumérisme, décroissance, anti-utilitarisme – doivent ouvrir aux mots-chantiers pour « construire des situations » dans lesquelles sont favorisées la discussion plutôt que l’affrontement, la coopération plutôt que la compétition, la bienveillance plutôt que le chacun-pour-soi, la solidarité plutôt que l’égoïsme, la transparence plutôt que l’opacité, la démocratie générale plutôt que le laisser-faire, la décence plutôt que le mépris, etc. Manières de faire d’autres mondes, dans « la mesure des possibles ».11- Pourquoi les O.C. préfèrent-ils railler l’Unitude des « forces » de gauche que s’y rallier ?
– Parce que cette « unitude », l’unité de la gauche (de la gauche) comme but en soi de toute démarche électorale, n’est qu’une tactique politique/politicienne alors que les O.C., même quand ils se présentent à des élections, adoptent une visibilité non électoraliste ; parce que cette « unitude » fait passer les tactiques de la politique (la conquête du pouvoir) avant la stratégie du politique (la sortie du capitalisme). – Parce qu’une victoire de l’autre gauche ne ferait que répéter les deux étapes que la Gauche historique a toujours empruntées : la conquête du pouvoir pour changer la société.… On ne peut attendre et craindre de toute tentative d’unitude que de nouveaux déçus : après ceux de La Gauche, ceux de l’Autre Gauche ? – Parce que notre « stratégie de la transformation » rompt avec la recherche du minimum dénominateur commun : et que nous préférons parler « chaîne d’équivalence » (la convergence de tous les mouvements de résistances), « principe d’horizon » (se donner immédiatement des « buts » qui ne sont pas des « bouts » du chemin, pour les entreprendre sans tarder et, une fois atteints, en viser aussitôt d’autres, sans arrêt…).
Cher(e)s Camarades, En tant que théoricien de la « décroissance », ayant [...]
Ils « prient »[1] ou sont « touchés »[2]. Invoqueront-ils [...]
Une monnaie locale complémentaire (MLC) se situe à la croisée [...]
Présents : Boris Prat, Christian Sunt, Michel Lepesant, Pierre Rose, Richard [...]
Je me réjouis de l’accord national conclu entre les deux [...]
Pour une écologie sociale, anti-productiviste et anti-capitaliste La société de [...]
Éditorial Du Hors série N°3 – Désobéir sous la gauche? [...]
Sortir de l’industrialisme et du productivisme – 9,10 et 11 [...]
Je suis interrogé depuis son lancement sur la campagne « José [...]
► Pour un tribunal Russell contre les crimes du nucléaire civil en 2012 !
► Signer la pétition en ligne.
► Campagne nationale "Ceintures Vivrières", initiée par Relocalisons ! ► Signer la pétition en ligne.
► Face à la xénophobie et à la politique du pilori : liberté, égalité, fraternité . ► Signer l'Appel en ligne.




