Mai 262011
 

Bonjour,

je ne suis pas décroissante mais je me penche sérieusement sur ce sujet depuis quelque temps. Je ne suis pas issue d’une famille pro-écologie, mais je me suis souvent intéressée à certaines idées écologistes car même si j’ai cru aux mensonges de la consommation durable, je voyais quand même des incohérences avec la planète.

Je parais peut-être stupide aux yeux d’écologistes convaincus depuis longtemps, mais c’est Fukushima qui m’a ouvert les yeux en grand. Pire, c’est de voir qu’une telle catastrophe ne réveille pas les consciences ! Moi, ça m’a ébranlée. Je suis prise de nuits d’insomnie depuis, je tente de réfléchir. Et d’un coup, un soir, tout est devenu clair ! Il faut moins consommer, pour consommer moins d’énergie, car il n’y a pas d’autres alternatives si on se met à réfléchir normalement ! Il faut consommer oui, mais sainement, raisonnablement. Il faut repenser au mode de vie de nos anciens, faire un retour aux valeurs, remettre les choses à leur place. Il faut retrouver le goût du labeur (travail manuel, travail de la terre, etc…), et rompre avec le triste labeur ou l’esclavagisme moderne au profit d’une poignée de nantis qui se pensent éternels (hypermarchés, usines, centres commerciaux,…). Il faut rompre avec les transports qui ont fait de nous une population mobile. Il faut retourner au local, et utiliser le vélo ou ses jambes. Il faut repeupler les villages (boucher, épicier, boulanger, cordonnier,…) pour éviter d’avoir à trop se déplacer. Cultiver son jardin, ou aller au marché (tous les jours, ça évite l’utilité d’un réfrigérateur) ou travailler pour des agriculteurs bio qui ont besoin de main d’oeuvre si on est en ville mais qu’on souhaite un retour aux sources, pourquoi pas.

Il faut retrouver les savoirs (ce qui n’est pas qu’une question de loisirs mais de façon de vivre) qui se perdent car la transmission par nos grands-parents n’a pas forcément été faite : couture, tricot, filage de la laine (j’habite une région où il y a beaucoup de brebis), cuisine (pour certains) mais aussi cuisine simple, de terroir (locale) et cuisine des RESTES !, faire du feu (sans briquet et sans alcool à brûler), couper du bois, faire un potager,… Il faut aussi retrouver des métiers qui se perdent : meunier, cordonnier, tisseur, ébéniste, potier…

Tandis que tout ça foisonne dans ma tête d’un coup, de façon très disparate, je me lève d’un bon de mon lit, et je vais sur internet. Après tout, comme je n’ai pas la science infuse, d’autres y ont forcément pensé depuis longtemps, il existe sûrement des mouvements. Je tape « consommer moins » dans mon site de recherche, et je tombe sur le mouvement pour la Décroissance (?).

Donc depuis quelque temps je m’intéresse à la décroissance car je ne vois pas objectivement d’autres alternatives. J’achète le journal de la Décroissance, je commence à me renseigner, à prendre conscience des choses. Je découvre ce qu’est l’anthropocène selon les scientifiques et je pleurs, toute seule, car je n’avais pas réalisé à quel point la situation est grave. Je prends conscience de plein de choses, et ce n’est pas une claque que je prends en pleine figure, mais plusieurs coups de poings. Comment j’ai pu être aussi naïve ?

Et là, je me prends une énorme claque, je découvre ce que c’est que de vouloir se soucier ou protéger l’écologie : être seul contre tous. Visiblement, je deviens un oiseau de mauvais augure, c’est moi qui vais porter la poisse à force d’en parler (au sein de ma propre famille), elle est quand même bonne celle là ! Non ? La dernière en date : « Alors ça y est ? » « Quoi ? » « Fukushima est parvenu à te convertir ? T’es devenue écolo ou quoi ? ahahaha ».

Moi je dis que mourir d’une catastrophe NATURELLE ou d’une maladie, c’est une chose. Après tout nous sommes mortels même si notre société ne l’accepte pas et veut se croire immortelle, et la mort fait partie intégrante de la vie et il faudrait l’accepter à nouveau. Mais mourir d’une catastrophe HUMAINE, comme un réchauffement climatique ou du nucléaire, ou les DEUX, en emmenant toute forme de vie avec nous, là je ne l’accepte plus.

Tout ça pour dire, que je n’ai pas le permis de conduire. Je vais bientôt avoir 29 ans. J’habite dans un appartement en ville (ça rend la culture du potager bien difficile ^^) avec mon conjoint (qui lui a une voiture).

Il y a encore quelque temps, quand je voyais encore tout en rose, je me disais qu’il fallait impérativement que je trouve un travail (chômage) et qu’il faudrait que je me décide d’ailleurs à passer mon permis comme tout le monde n’arrête pas de me le dire ainsi que pôle emploi, pour trouver du boulot. Après tout serait beau, on aurait deux salaires, et on pourrait enfin « construire » notre famille…

Ben voilà, tout çà pour dire que depuis quelque temps tout s’est remis en question dans ma petite tête. Avoir des enfants ? Pourquoi faire ? Mettre au monde des personnes qui vont peut-être assister à la fin du monde grâce à moi ? (on reconnait là le style « écolo obscurantiste et pessimiste, tiens…. j’en suis désolée) De toutes manières, nous sommes déjà trop nombreux visiblement !

Passer mon permis ? J’en n’avais déjà pas très envie, j’en n’ai plus envie du tout.

Trouver coûte que coûte un boulot ? Quitte à suer pour un salaire de misère ? Pour des actionnaires ? Pour participer à la surconsommation ? Perso, j’ai déjà travailler dans une grande enseigne de vêtements, à tousser et à être rouge comme une tomate toute la journée à force de rester toute la journée dans un hangar à ouvrir des cartons de linge qui puaient le pétrole et le caoutchou, tous plus mal cousus les uns que les autres (vêtements) certains même troués. Et il fallait les laisser « respirer » dans le hangar avant de les mettre en magasin pour pas que ça « sente ». Perso, une première expérience qui m’a bien vaccinée. Je sais bien qu’il faut gagner sa croûte.
Mais la question fondamentale est qu’est ce que je veux faire du temps qui m’est imparti ?

Je disais la mort fait partie de la vie, même si notre société tend à nous faire occulter ce fait, pourtant essentiel. (dhea, liftings, rallongement de l’espérance de vie, manger 5 fruits et légumes par jour,…) Donc, si je mets ce fait en évidence : je suis mortelle, comme cet animal, comme cette fleur,… comme tout ce qui est vivant et meurt car je fais partie de cette biosphère, je ne suis pas un être exceptionnellement à part comme j’aimerais à le penser. Partant de ce fait : comment vivre, en harmonie avec ce qui m’entoure, tout en sachant que je vais mourir, quoiqu’il arrive, tôt ou tard ? Peut-être vais-je mourir dans un ou deux ans, qui sait ? Ou dans dix, vingt ou trente ans ? La question est maintenant claire. Comment je souhaite vivre ma vie, tout en sachant que je peux mourir n’importe quand (maladie,..) ? Je préfère vivre un an ou plus, en sachant qu’au moment de la fin, je serais heureuse, car heureuse de la vie que j’ai eu ? Ou j’espère avoir une vie plus ou moins longue, mais triste, faite de course perpétuelle à la concurrence, de désirs et de « besoins » inassouvis, et finir plus ou moins seule, dans un monde individualiste au possible, seule face au dépérissement de tout ce qui m’entoure, peut-être même dans le chaos ? Perso, je penche plutôt pour la première idée, carpe diem !

Seulement voilà, je constate que j’ai pris conscience du phénomène de la décroissance, parce que je me suis moi-même penchée sur la question.

Pour les non écologie, les alternatifs, altermondialistes,… ne sont que des stéréotypes.

Il y a les bobos écolos, c’est à dire ceux qui ont les moyens d’acheter du bio mais seulement par souci de leur petite santé. Il y a les écolos obscurantistes, semblables à des petits dictateurs en puissance, qui n’attendent qu’une chose, nous faire retourner dans les grottes avec des bougies en expiation de nos péchés et en attendant la fin du monde. Il y a l’écolo rastacouères, qui fume des joints, prône l’anarchisme, veut prendre des douches à l’eau froide dans une bassine mais qui est content de pouvoir courir à la pharmacie du coin dès qu’il a le moindre rhume. Nous avons aussi l’écolo « parisien », l’ingénieur, le savant, celui qui a bossé à la Défense, enseigné à la Sorbonne, etc…, celui qui a fait une overdose de sa vie de citadin décadent, qui a eu besoin de repos, mais qui a une bonne réserve financière sous le bras. Il y a l’écolo roublard, le vieux de la vieille, celui qui se veut le digne descendant de mai 68, qui voulait élever des chèvres dans le Larzac, qui se veut donneur de leçons, mais qui consomme en cachette comme les autres. Il y a les bébés écolos, tous ces jeunes naïfs et influaçables, mus par la peur de l’avenir à cause de ces méchants écolos obscurantistes, des terroristes ! (comme la si bien dit notre cher président il y a quelques jours). Je m’arrête ou je continue ? Comme vous le voyez, la liste des stétéotypes est longue. Politiciens, financiers, lobbyings, médias,… ne feront rien à mon grand regret pour changer la donne.

Ma petite conclusion (sûrement très naïve) est qu’il faut se faire voir. Mais pas forcément dans des reportages (qui ne sont pas forcément flatteurs pour les écologistes à mon sens) ou dans les grands médias. Il faut se faire voir des gens. Même si ça les dérangent dans leur vie tranquille, même si ils crachent dessus…. Pourquoi pour ceux qui marchent ou font du vélo, ne pas avoir d’affiche dans le dos avec « Pour l’avenir de vos enfants JE MARCHE, et vous ? » ou je pédale, etc…. Je sais que c’est peut-être très bête et/ou naïf ce que je dis, mais il me semble qu’il faut se faire voir, ou forcer les gens à les voir. Même si ça ne change rien en apparence, ce genre d’idées serait peut-être autant de petits signaux à envoyer dans l’inconscience collective des gens qui les croisent. Une autre idée, prise sur l’idée du journal la Décroissance que j’ai vu sur le site de la Décroissance. Ils ont fait une semaine à vélo l’année dernière jusqu’à Paris pour porter le pacte contre Hulot. Je trouve l’idée géniale, conforme à leurs idées, mais voilà qui en a parlé ? Peut-être que les mouvements écologistes étaient au courant, mais le grand public très peu. (merci aux grands médias) Moi je ne le savais pas. Sur la même idée pourquoi ne pas faire une grande marche (pour la planète, l’avenir, l’écologie,… ce qu’on veut), et passer par villes et villages pour être VUS des gens sans avoir à passer pas les médias, au son des chants et des fanfares, dans la joie et la bonne humeur ? Biensûr, je me doute que ce n’est pas ce qu’il y a de plus simple à organiser, et que même décroissant, il faut gagner sa croûte. Mais bon, c’est juste une petite idée comme ça. Une goutte dans l’océan. Mais je pense tout de même qu’il faudrait plencher sur l’idée d’être vu. Une autre idée qui me plaît bien serait de revoir fleurir les pousse-pousses dans les villes. Non.

Je suis désolée d’avoir été si longue.

Je vais me renseigner sur les réseaux près de chez moi. Je veux changer ma manière de vivre c’est sûr. Mon conjoint, à force de m’entendre piailler, commence doucement aussi à réfléchir. Il vient de convertir son entreprise (restaurant) au tri des déchets. Il m’a annoncé ça fièrement le week-end dernier en me disant que j’allais être contente (à bon ? vous ne le faisiez pas déjà ??), qu’il avait demandé à ses collègues de faire le tri CORRECTEMENT, de vérifier pour chaque déchet si c’était bien le bon casier même si tout le monde est pressé (manque de personnel). Il paraît que tous ses collègues se sont pliés à la nouvelle règle sans rechigner, bien au contraire. Comme quoi avec de la bonne volonté…. De même, il commence à émettre l’idée d’aller au travail à vélo…

Moi j’aurais aimé qu’on achète une ferme, pour qu’on puisse y ouvrir un petit restaurant tout simple comme le souhaite mon compagnon, où il n’y aurait que des produits issus de la ferme, une ferme que l’on pourrait même faire visiter. Idée naîve. De toute façon irréalisable, on n’a pas les moyens.

Merci de m’avoir lue. ^^

Jessica A. (Pau)

  Une commentaire à “Commentaires”

  1. Plus on « attend » plus c’est difficile, question de (masse) inertielle ?

    En tous les cas, trouve au plus vite du monde qui partage a minima ta prise de conscience.

    Ensuite, fait attention a toi.
    Comme tu l’a déjà saisi, là ou humain, il y a risque, aussi nombreux que distincts.
    Pas de vérité, pas de certitude non plus (principe d’incertitude, renseigne toi, mais pas de suite, même si ton intellect peut relativiser (cultive cette capacité, avec celle d’apprécier l’instant pour ce qu’il est, ou ce que tu en a fait).

    Après.
    Temps, lieu et nom sont les ingrédients de la « réaliste »
    Décision > Réalisation
    Cerveaux> Main (humaine) permet la magie (de passer l’idée a réalité, physique et donc partageable sur le premier plan de prise en compte, le matériel).

    A voire après, fait avant tout attention a ton compagnon, vu ce qui viens de t’arriver, tu viens d’engager un défi sans limite ni règle, vivre « ensemble » sans voir la/le même chose.

    Courage a toi; Jessica, j’ai 31 ans, suis conscient depuis « toujours » des incohérences de notre société et vis a coté de celle ci, actif chez les OC (AdOC a ce stade), et Slowfood, j’agis pour réaliser et surtout permettre une prise de conscience, avec comme principes premiers l’adaptation et l’accepter la sérendipité.

    Bien à toi, pour l’heure, tea time, ma deuxième semi habitude, un thé « Oolong » nommé « Jade », gentil a tous niveaux. En sachant qu’en bonus, l’occasion d’une pause « thé » coïncide avec celle de détente et d’apprécier de l’instant, dégagé du continuum commun, quoique, je « partage », ouverture oblige.

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