<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>
<channel>
	<title>Mouvement des Objecteurs de Croissance</title>
	<atom:link href="http://www.les-oc.info/?feed=rss2" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>http://www.les-oc.info</link>
	<description>Mouvement politique des Objecteurs de Croissance</description>
	<lastBuildDate>Wed, 25 Aug 2010 05:56:21 +0000</lastBuildDate>
	<language>en</language>
	<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
	<generator>http://wordpress.org/?v=3.0.1</generator>
		<item>
		<title>Face à la xénophobie et à la politique du pilori : liberté, égalité, fraternité</title>
		<link>http://www.les-oc.info/?p=687</link>
		<comments>http://www.les-oc.info/?p=687#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 25 Aug 2010 05:56:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Pétitions]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.les-oc.info/?p=687</guid>
		<description><![CDATA[Appel Citoyen Face à la xénophobie et à la politique du pilori : liberté, égalité, fraternité Signez l’appel en ligne ! Les plus hautes autorités de l’Etat ont fait le choix de jeter à la vindicte publique des catégories entières de population : Gens du voyage accusés comme les étrangers d’être des fauteurs <a href='http://www.les-oc.info/?p=687'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Appel Citoyen</p>
<h2><strong>Face à la xénophobie et à la politique du pilori : liberté, égalité, fraternité</strong></h2>
<p><strong><a href="http://nonalapolitiquedupilori.org/" target="_self">Signez l’appel en ligne !</a></strong></p>
<p>Les plus hautes autorités de l’Etat ont fait le choix de jeter à la vindicte publique des catégories entières de population : Gens du voyage accusés comme les étrangers d’être des fauteurs de troubles, Français d’origine étrangère sur lesquels pèserait la menace d’être déchus de leur nationalité, parents d’enfants délinquants, etc. Voici que le président de la République accrédite aussi les vieux mensonges d’une immigration coûteuse et assimilée à la délinquance, et offre ainsi à la stigmatisation des millions de personnes en raison de leur origine ou de leur situation sociale.</p>
<p>Ce qui est à l’œuvre dans cette démarche ne s’inscrit pas dans le débat légitime, dans une démocratie, sur la manière d’assurer la sûreté républicaine. Le nécessaire respect de l’ordre public n’a pas à être utilisé pour créer des distinctions entre les habitants de ce pays et désigner des boucs émissaires. Ni pour instituer des peines de prison automatiques, contraires aux principes fondamentaux du droit pénal, à l’indépendance de la justice et à l’individualisation des peines.</p>
<p>La Constitution de la France, République laïque, démocratique et sociale, assure « l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ».</p>
<p>Nul, pas plus les élus de la nation que quiconque, n’a le droit de fouler au pied la Constitution et les principes les plus fondamentaux de la République.</p>
<p>Notre conscience nous interdit de nous taire et de laisser faire ce qui conduit à mettre en péril la paix civile.</p>
<p>Nous appelons à une manifestation le samedi 4 septembre 2010, place de la République à Paris, à 14h00, et partout en France, afin de fêter le 140<sup>e</sup> anniversaire d’une République que nous voulons plus que jamais, libre, égale et fraternelle.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.les-oc.info/?feed=rss2&amp;p=687</wfw:commentRss>
		<slash:comments>1</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>La décroissance comme projet politique de gauche</title>
		<link>http://www.les-oc.info/?p=678</link>
		<comments>http://www.les-oc.info/?p=678#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 24 Aug 2010 16:08:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Contributions]]></category>
		<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[Gauche de gauche]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.les-oc.info/?p=678</guid>
		<description><![CDATA[Nous remercions Serge Latouche de nous autoriser à publier, dans nos contributions des (F)Estives 2010 des objecteurs de croissance, ce texte qui clairement place la décroissance en position d&#8217;un certain héritage ; façon de rencontrer le second thème de nos rencontres : celui du socialisme, éventuellement utopique. Que la décroissance <a href='http://www.les-oc.info/?p=678'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Nous remercions Serge Latouche de nous autoriser à publier, dans nos contributions des (F)Estives 2010 des objecteurs de croissance, ce texte qui clairement place la décroissance en position d&#8217;un certain héritage ; façon de rencontrer le second thème de nos rencontres : celui du socialisme, éventuellement utopique.</em></p>
<p>Que la décroissance soit un projet politique de gauche constitue pour moi à la fois une évidence et un paradoxe.</p>
<h3><span style="color: #993300;">I. Une évidence</span></h3>
<p>La décroissance constitue un projet politique de gauche parce qu’elle se fonde sur une critique radicale de la société consommation, du libéralisme et renoue avec l’inspiration originelle du socialisme.</p>
<p>1) Critique radicale de la société de consommation, du développement ou du développementisme, elle est une critique <em>ipso facto</em> du capitalisme. Qu’est-ce que la société de croissance en effet ? La société de croissance peut être définie comme une société dominée par une économie de croissance et qui tend à s&#8217;y laisser absorber. La croissance pour la croissance devient ainsi l&#8217;objectif primordial sinon le seul de la vie. La croissance n’est que le nom « vulgaire » de ce que Marx a analysé comme accumulation illimitée de capital, source de toutes les impasses et injustices du capitalisme.</p>
<p>La croissance et le développement étant respectivement croissance de l&#8217;accumulation du capital et développement du capitalisme, donc exploitation de la force de travail et destruction sans limites de la nature, la décroissance ne peut être qu&#8217;une décroissance de l&#8217;accumulation, du capitalisme, de l&#8217;exploitation et de la prédation. Il s&#8217;agit non seulement de ralentir l&#8217;accumulation mais de remettre en cause le concept pour inverser le processus destructeur. C’est donc bien à tort que l’on a parfois accusé les « décroissants » de s’accommoder du capitalisme<sup>[<a href="http://www.les-oc.info/?p=678#footnote_0_678" id="identifier_0_678" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Voir le d&eacute;bat dans notre &laquo;&nbsp;Petit trait&eacute; de d&eacute;croissance sereine&nbsp;&raquo;, Mille et une nuits, 2007, p. 135.">1</a>]</sup>.</p>
<p>2) La décroissance est aussi, bien évidemment, une critique radicale du libéralisme, celui-ci entendu comme l’ensemble des valeurs qui sous-tend la société de consommation. Dans le projet politique de l’utopie concrète de la décroissance en huit R (Réévaluer, Reconceptualiser, Restructurer, Relocaliser, Redistribuer, Réduire, Réutiliser, Recycler), trois d’entre eux, réévaluer, restructurer et redistribuer, actualisent tout particulièrement cette critique. Réévaluer, cela signifie revoir les valeurs auxquelles nous croyons, sur lesquelles nous organisons notre vie et changer celles qui doivent l&#8217;être. On voit tout de suite quelles sont les valeurs qu&#8217;il faut mettre en avant et qui devraient prendre le dessus par rapport aux valeurs dominantes actuelles. L&#8217;altruisme devrait prendre le pas sur l&#8217;égoïsme, la coopération sur la compétition effrénée, le plaisir du loisir et l&#8217;<em>ethos</em> de la ludicité sur l&#8217;obsession du travail, l&#8217;importance de la vie sociale sur la consommation illimitée, le local sur le global, l&#8217;autonomie sur l&#8217;hétéronomie, le goùt de la bel ouvrage sur l&#8217;efficience productiviste, le raisonnable sur le rationnel, le relationnel sur le matériel, etc. La critique du travaillisme retrouve là l’inspiration de Paul Lafargue, le gendre de Marx, avec son ouvrage superbe, Le droit à la paresse &#8211; qui reste une des plus fortes attaques contre le travaillisme et le productivisme . Surtout, il s’agit de remettre en cause le prométhéisme de la modernité tel qu’exprimé par Descartes (maître et dominateur de la nature) ou Bacon (asservir la nature). Il s’agit tout simplement d’un changement de paradigme.</p>
<p> Restructurer, signifie adapter l&#8217;appareil de production et les rapports sociaux en fonction du changement des valeurs. Cette restructuration sera d&#8217;autant plus radicale que le caractère systémique des valeurs dominantes aura été ébranlé. Cela pose la question concrète de la sortie du capitalisme et celle de la reconversion d&#8217;un appareil productif qui doit s&#8217;adapter au changement de paradigme.</p>
<p>La décroissance est forcément contre le capitalisme. Non pas tant parce qu&#8217;elle en dénonce les contradictions et les limites écologiques et sociales, mais avant tout parce qu&#8217;elle en remet en cause &laquo;&nbsp;l&#8217;esprit&nbsp;&raquo; au sens où Max Weber considère &laquo;&nbsp;l&#8217;esprit du capitalisme&nbsp;&raquo; comme condition de sa réalisation.</p>
<p>             Redistribuer s&#8217;entend de la répartition des richesses et de l&#8217;accès au patrimoine naturel entre le Nord et Sud comme à l&#8217;intérieur de chaque société. Le partage des richesses est la solution normale du problème social. C’est parce que le partage est la valeur éthique cardinale de la gauche que le mode de production capitaliste, fondé sur l’inégalité d’accès aux moyens de production et engendrant toujours plus d’inégalités de richesses, doit être aboli.</p>
<p>3) La décroissance, enfin, est un projet ancré à gauche parce qu’elle renoue avec l’inspiration première du socialisme, celui qu’on a qualifié non sans ambiguïté d’utopique. La décroissance retrouve à travers ses inspirateurs, Jacques Ellul et Ivan Illich, les fortes critiques des précurseurs du socialisme contre l’industrialisation. Une relecture de ces penseurs comme William Morris, voire une réévaluation du luddisme, permettent de redonner sens au socialisme dans une vision écologique telle qu’elle a été développée chez André Gorz.</p>
<p>Il est vrai que tous les penseurs cités, Paul Lafargue, Jacques Ellul, Ivan Illich, André Gorz, auxquels il conviendrait d’adjoindre Bernard Charbonneau, Cornélius Castoriadis, sans parler de Tolstoï, Gandhi, ou Thoreau, ont été des hérétiques par rapport à la <em>doxa</em> de la gauche marxiste. Quant au socialiste réformiste, John Stuart Mill, sa vision d’un état stationnaire avec croissance zéro mais épanouissement culturel de la population valait mieux que le silence méprisant des marxistes.</p>
<h3><span style="color: #993300;">II. Un paradoxe</span></h3>
<p>Sans parler d’une problèmatique décroissance de droite, représentée en France par Alain de Benoist, situer la décroissance à gauche représente un défi. Attaquer le productivisme, prôner une société de sobriété, considérer la crise comme une opportunité, paraissent des provocations susceptibles de « désespérer Billancourt », même si celui-ci n’existe plus… Les réactions face à la crise sont un bon révélateur : relancer la machine à détruire la planète ou inventer une autre société.</p>
<p>1) La gauche social-démocrate, communiste, trotskiste et autre s’est engouffrée dans la trappe du compromis keynéso-fordiste. Même les Verts se sont fait piègés. Le Canard Echaîné du 17/12/2008 ironisait ainsi sur le programme des verts d’une « décroissance sélective, équitable et solidaire ». Dominique Voynet elle-même, tout en y adhérant, taxait ce programme d’inaudible et l’un de ses porte-flingues déclarait : « Je ne me vois pas aller dire aux mecs de Peugeot mis au chômage : maintenant il va falloir être sobre dans votre vie quotidienne ».</p>
<p>Certes, si les partisans de la décroissance soutenaient qu’on a le droit d’être heureux et qu’on peut l’être avec 600 Euros par mois (référence au slogan de la jeunesse grecque), on les brocarderait  et les traiterait immédiatement d’alliés objectifs du capitalisme rapace</p>
<p>« Ce n’est qu’au terme de cet immense travail de falsification médiatique et mémorielle, note Michéa, que le projet d’une croissance illimitée dans un monde sans frontières a pu enfin devenir ce qu’il est à présent : l’ultime centre de gravité philosophique de tous les discours de la gauche et de l’extrême gauche post-mittérrantienne »<sup>[<a href="http://www.les-oc.info/?p=678#footnote_1_678" id="identifier_1_678" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Jean-Claude Mich&eacute;a La double pens&eacute;e. Retour sur la question lib&eacute;rale. Champs essais, Flammarion 2008. p. 138.">2</a>]</sup>. Catoriadis avait déjà dénoncé cette dérive. «  Le cas le plus flagrant, disait-il, étant celui du mouvement  révolutionnaire qui, sous l’emprise du marxisme, supposait qu’il n’y avait qu’à réaliser la maîtrise sur la nature pour rendre l’autonomie à l’homme, ce qui est une illusion totale. (…) Ce dont nous avons besoins c’est non pas d’une maîtrise, mais d’un contrôle de ce désir de maîtrise, d’une auto-limitation. Autonomie d’ailleurs veut dire auto-limitation. Nous avons besoin d’éliminer cette folie de l’expansion sans limite, nous avons besoin d’un idéal de vie frugale, d’une gestion de bon père de famille des ressources de la planète »<sup>[<a href="http://www.les-oc.info/?p=678#footnote_2_678" id="identifier_2_678" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Castoriadis. D&eacute;bat avec Legros, in Bachofen Blaise, Elbaz Sion, Poirier Nicolas ed. : Cornelius Castoriadis. R&eacute;inventer l&rsquo;autonomie. Editions du Sandre, Paris 2008. p. 282">3</a>]</sup>.</p>
<p>Si « l’ivresse joyeuse de la sobriété volontaire » dont parlait Ivan Illich est peut-être possible avec 600 Euros par mois, la décroissance n’a jamais prêché la passivité et la résignation. La joie de vivre en dehors des chaînes du consumérisme n’est pas concevable sans la lutte pour la justice et pour l’amélioration de la qualité de la vie. Combattre la pollution mentale et la colonisation de l’imaginaire implique combattre les forces responsables de cette situation de toxicodépendance. Se libérer de la servitude volontaire est la condition pour se libérer de la servitude involontaire imposée par le système et réciproquement. Le bonheur est possible dès aujourd’hui, sur la voie d’une émancipation de l’asservissement consumériste, pour autant qu’il se construit dans la lutte pour un monde plus partagé demain.</p>
<p>2) Le problème est que tous se sont laissé séduire par le mythe de la tarte qui grossit indéfiniment. Collaborer à la croissance plutôt que se battre avec acharnement pour partager un gâteau de taille quasi immuable permet d’améliorer les parts de tous à moindres frais. La droite bien sûr a bien compris la nécessité de la croissance pour éviter la remise en cause du sytème. Par exemple, le député Christian Blanc a publié un livre intitulé : La croissance ou le chaos<sup>[<a href="http://www.les-oc.info/?p=678#footnote_3_678" id="identifier_3_678" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Odile Jacob 2006.">4</a>]</sup>. « Sans croissance, y écrit-il, aucun accompagnement social ne pourra sortir les banlieues de l’ornière. Sans croissance, les espoirs de promotion sociale disparaissent. Sans croissance, inutile d’espèrer rompre avec la spirale du déficit ou rembourser la dette ». Le machiavelique conseiller de Sarkozy, Henri Guaino, en rajoute : « L’inégalité est un moteur de la croissance et la croissance est la seule chose qui puisse rendre l’inégalité supportable. La croissance est une promesse d’abondance qui atténue la détresse du pauvre, tandis que l’état stationnaire est surtout un rêve de nanti qui veut surtout que rien ne change » <sup>[<a href="http://www.les-oc.info/?p=678#footnote_4_678" id="identifier_4_678" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Henri Guaino &laquo;&nbsp;Pour une croissance durable&nbsp;&raquo;, La Croix, 23 octobre 2006.">5</a>]</sup>. Cette idéologie s’est répandue à toute la société. « La croissance, écrit André Gorz, apparaîtra à la masse des gens comme la promesse – pourtant entièrement illusoire – qu’ils cesseront un jour d’être « sous-privilégiés », et la non croissance comme leur condamnation à la médiocrité sans espoir »<sup>[<a href="http://www.les-oc.info/?p=678#footnote_5_678" id="identifier_5_678" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Gorz Leur &eacute;cologie et la n&ocirc;tre.">6</a>]</sup>. Finalement, on en arrive à la &laquo;&nbsp;Petite prière altermondialiste », paraphrasée par Hervé René Martin : « Seigneur, le monde n&#8217;est pas une marchandise mais par pitié ne jetez pas les marchandises avec les méchants actionnaires, il en va de nos emplois et de notre mode de vie ». « Dénoncer d&#8217;une voix la marchandisation du monde, poursuit-il, tout en appelant de l&#8217;autre à toujours plus de croissance économique censée règler tous nos problèmes, autrement dit à une extension de la sphère marchande, relève à mes yeux d&#8217;un numéro d&#8217;équilibriste&nbsp;&raquo;<sup>[<a href="http://www.les-oc.info/?p=678#footnote_6_678" id="identifier_6_678" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Herv&eacute; Ren&eacute; Martin, &Eacute;loge de la simplicit&eacute; volontaire, Flammarion, 2007. p. 188.">7</a>]</sup>.</p>
<p> Le projet <em>partageux</em> du communisme s’est ainsi dissous dans le consumérisme. Le volume de la tarte a, certes, augmenté considérablement mais au détriment de la planète, des générations futures et des peuples du tiers-monde. Les meilleures choses ayant une fin, ce « socialisme réduit aux acquêts » ne fonctionne plus très bien depuis les années soixante-dix, parce que la tarte renâcle à augmenter. Les hauts fonctionnaires du Capital l’ont plus ou moins compris et se sont empressés d’accroître substantiellement (10 à 20 % du PIB en plus), grâce au jeu du casino mondial, leur part du gâteau avant que le blocage ne soit total. Cela s’est traduit par ces rémunérations scandaleuses des responsables politiques et économiques avec ces primes, bonus, stock options, parachutes dorés et autres augmentations. Pour l’immense majorité, la hausse très faible de la fiche de paye ne compense pas les effets négatifs de la croissance (dépenses de santé, stress, désagréments de toutes sortes).</p>
<p>Intoxiquée par ses démissions passées successives, la gauche « responsable » ne peut que se réfugier dans un libéral-socialisme misérabiliste. Le fameux « trickle down effect », la diffusion à tous des bienfaits de la croissance, se dégrade en « effet sablier ». Puisqu’il y a davantage de riches et qu’ils sont de plus en plus riches, il faut aussi qu’il y ait davantage de laveurs de voitures, de serveurs de restaurants, de livreurs de courses à domicile, de nettoyeurs et de gardes privés pour se protéger des pauvres toujours plus nombreux. C’est le socialisme réduit aux miettes… La croissance des 30 glorieuses avait été tirée par les exportations, celle des 30 piteuses qui ont suivi a pu se maintenir tant bien que mal grâce à l’endettement phénoménal des ménages et des Etats.</p>
<p>Même au Sud, le piège de la tarte a fonctionné. Cela s’est appelé le développement. Le projet développementiste lancé par le fameux discours du Président Truman sur le point 4 de l’Etat de l’Union, le 20 janvier 1949, visait à remplacer aussi la révolution sociale par la croissance économique grâce au transfert technologique. Il a assez bien marché avec la révolution verte dans les années soixante. L’Inde, séculairement déficitaire, est devenue exportatrice de céréales. Les réformes agraires ont été évitées, limitées ou détournées.</p>
<p>Aujourd’hui, la fête est finie ; il n’y a même plus ces marges de manœuvre. La tarte ne peut plus croître. Plus encore (et nous le savons bien depuis longtemps, même si nous nous refusons à l’admettre), <span style="text-decoration: underline;">elle ne doit pas croître</span>. La seule possibilité pour échapper à la paupérisation au Nord, comme au Sud, est d’en revenir aux fondamentaux du socialisme sans oublier, cette fois, la nature : partager le gâteau de manière équitable. En 1848, alors qu’il était trente à cinquante fois moins gros, Marx, mais aussi John Stuart Mill, le pensaient déjà ! Le communisme, ce n’était pas faire grossir le gâteau, dès lors qu’il était suffisant, mais organiser autrement le système pour que tous en aient selon leurs besoins.</p>
<p>Il est vrai que faute d&#8217;intégrer les contraintes écologiques, la critique marxiste de la modernité est restée frappée d&#8217;une terrible ambiguïté<sup>[<a href="http://www.les-oc.info/?p=678#footnote_7_678" id="identifier_7_678" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Il est regrettable, tragique peut-&ecirc;tre, que la relation entre Serguei Podolinsky (1850-1891), cet aristocrate et scientifique ukrainien exil&eacute; en France, et Karl Marx ait tourn&eacute; court. Ce g&eacute;nial pr&eacute;curseur de l&amp;#8217;&eacute;conomie &eacute;cologique tentait, en effet, de concilier la pens&eacute;e socialiste et la deuxi&egrave;me loi de la thermodynamique et de faire la synth&egrave;se entre Marx, Darwin et Carnot. D&eacute;bord&eacute; et peu au fait des questions scientifiques, Marx a eu le tort, sans doute, de confier &agrave; son ami Engels l&amp;#8217;&eacute;valuation du dossier. Imbu de la conception positiviste et m&eacute;caniste de la science, ce dernier n&amp;#8217;a tout simplement pas compris les enjeux de la 2&egrave; loi de la thermodynamique. En revanche, il a fort bien vu les dangers que la &laquo;&nbsp;valeur &eacute;nergie&nbsp;&raquo; pouvait faire courir &agrave; la th&eacute;orie de la plus-value. Il a conclu &agrave; l&rsquo;absence d&amp;#8217;int&eacute;r&ecirc;t des recherches de Podolinsky. Il n&amp;#8217;est pas absurde de penser que si la rencontre s&amp;#8217;&eacute;tait produite, bien des impasses du socialisme auraient &eacute;t&eacute; &eacute;vit&eacute;es">8</a>]</sup>. L&#8217;économie capitaliste est critiquée et dénoncée, mais la croissance des forces qu&#8217;elle déchaîne est toujours qualifiée par la gauche  de « productive » (alors même qu&#8217;elles sont au moins tout autant, voire plus, destructives). Déjà Péguy : « C’est même un spectacle amusant de voir comment nos socialistes antichrétiens, particulièrement anticatholiques, insoucieux de la contradiction, encensent le même monde sous le nom de moderne et le flétrissent, le même, sous le nom de bourgeois et de capitaliste<sup>[<a href="http://www.les-oc.info/?p=678#footnote_8_678" id="identifier_8_678" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Charles P&eacute;guy, De la situation faite au parti intellectuel, 1907.">9</a>]</sup>. » Au final, cette croissance, vue sous l&#8217;angle de la production/emploi/consommation est créditée de tous les bienfaits ou presque, même si, vue sous l&#8217;angle de l&#8217;accumulation du capital, elle est jugée responsable de tous les fléaux : la prolétarisation des travailleurs, leur exploitation, leur paupérisation, sans parler de l&#8217;impérialisme, des guerres, des crises (y compris bien sûr écologiques), etc. Le changement des rapports de production (en quoi consiste la révolution nécessaire et souhaitée) se trouve de ce fait réduit à un bouleversement plus ou moins violent du statut des ayant droit dans la répartition des fruits de la croissance. Dès lors, on peut certes ergoter sur son contenu, mais pas remettre en cause son principe.</p>
<p>Comme en s’accroissant, la tarte est devenue de plus en plus toxique &#8211; le taux de croissance de la frustration, suivant la formule d’Ivan Illich, excédant largement celui de la production – Il faudra nécessairement en modifier la recette. Plus elle grossissait plus elle était empoisonnée au sens propre et au sens figuré, au Nord comme au Sud. Pesticides, engrais chimiques, et autres pollution intoxiquaient les populations, les autres espèces et la terre elle-même, tandis que les inégalités et les injustices se sont aggravées.</p>
<p>Pour résoudre les dramatiques problèmes sociaux en même temps que pour sauver la planète, il faut inventer la recette d’une belle tarte avec des produits bios, d’une dimension raisonnable pour que nos enfants et nos petits-enfants puissent continuer à la refaire, et surtout, il convient de la partager équitablement. Les parts ne seront peut-être pas assez grosses pour nous rendre obèses, mais la joie sera au rendez-vous. La décroissance est la seule recette pour sortir positivement et durablement de la crise<sup>[<a href="http://www.les-oc.info/?p=678#footnote_9_678" id="identifier_9_678" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Notre programme &laquo;&nbsp;&eacute;lectoral&nbsp;&raquo; de transition en 10 points se propose d&rsquo;aller vers cet objectif. Ces 10 R du programme r&eacute;formiste sont&nbsp;:
Retrouver une empreinte &eacute;cologique soutenable
R&eacute;duire le transports en nternalisant les co&ucirc;ts par des &eacute;cotaxes appropri&eacute;es.
Relocaliser les activit&eacute;s.
Restaurer l&amp;#8217;agriculture paysanne.
R&eacute;affecter les gains de productivit&eacute; en r&eacute;duction du temps de travail et en cr&eacute;ation d&amp;#8217;emploi.
Relancer la &amp;laquo;&amp;nbsp;production&amp;nbsp;&amp;raquo; de biens relationnels.
R&eacute;duire le gaspillage d&amp;#8217;&eacute;nergie d&amp;#8217;un facteur 4.
Restreindre fortement l&rsquo;espace publicitaire.
R&eacute;orienter la recherche technoscientifique.
Se R&eacute;approrier l&rsquo;argent.">10</a>]</sup>.</li>
</ol>
<p><strong>Par Serge Latouche, Professeur émérite d’économie à l’Université d’Orsay, objecteur de croissance.</strong></p>
<hr />
<strong>Les notes</strong><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_678" class="footnote">Voir le débat dans notre « Petit traité de décroissance sereine », Mille et une nuits, 2007, p. 135.</li><li id="footnote_1_678" class="footnote">Jean-Claude Michéa La double pensée. Retour sur la question libérale. Champs essais, Flammarion 2008. p. 138.</li><li id="footnote_2_678" class="footnote">Castoriadis. Débat avec Legros, in Bachofen Blaise, Elbaz Sion, Poirier Nicolas ed. : Cornelius Castoriadis. Réinventer l’autonomie. Editions du Sandre, Paris 2008. p. 282</li><li id="footnote_3_678" class="footnote">Odile Jacob 2006.</li><li id="footnote_4_678" class="footnote">Henri Guaino « Pour une croissance durable », La Croix, 23 octobre 2006.</li><li id="footnote_5_678" class="footnote">Gorz Leur écologie et la nôtre.</li><li id="footnote_6_678" class="footnote">Hervé René Martin, Éloge de la simplicité volontaire, Flammarion, 2007. p. 188.</li><li id="footnote_7_678" class="footnote">Il est regrettable, tragique peut-être, que la relation entre Serguei Podolinsky (1850-1891), cet aristocrate et scientifique ukrainien exilé en France, et Karl Marx ait tourné court. Ce génial précurseur de l&#8217;économie écologique tentait, en effet, de concilier la pensée socialiste et la deuxième loi de la thermodynamique et de faire la synthèse entre Marx, Darwin et Carnot. Débordé et peu au fait des questions scientifiques, Marx a eu le tort, sans doute, de confier à son ami Engels l&#8217;évaluation du dossier. Imbu de la conception positiviste et mécaniste de la science, ce dernier n&#8217;a tout simplement pas compris les enjeux de la 2è loi de la thermodynamique. En revanche, il a fort bien vu les dangers que la « valeur énergie » pouvait faire courir à la théorie de la plus-value. Il a conclu à l’absence d&#8217;intérêt des recherches de Podolinsky. Il n&#8217;est pas absurde de penser que si la rencontre s&#8217;était produite, bien des impasses du socialisme auraient été évitées</li><li id="footnote_8_678" class="footnote">Charles Péguy, De la situation faite au parti intellectuel, 1907.</li><li id="footnote_9_678" class="footnote">Notre programme « électoral » de transition en 10 points se propose d’aller vers cet objectif. Ces 10 R du programme réformiste sont :</p>
<ol>
<li>Retrouver une empreinte écologique soutenable</li>
<li>Réduire le transports en nternalisant les coûts par des écotaxes appropriées.</li>
<li>Relocaliser les activités.</li>
<li>Restaurer l&#8217;agriculture paysanne.</li>
<li>Réaffecter les gains de productivité en réduction du temps de travail et en création d&#8217;emploi.</li>
<li>Relancer la &laquo;&nbsp;production&nbsp;&raquo; de biens relationnels.</li>
<li>Réduire le gaspillage d&#8217;énergie d&#8217;un facteur 4.</li>
<li>Restreindre fortement l’espace publicitaire.</li>
<li>Réorienter la recherche technoscientifique.</li>
<li>Se Réapprorier l’argent.</li></ol>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.les-oc.info/?feed=rss2&amp;p=678</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Eloge de la « négative attitude »</title>
		<link>http://www.les-oc.info/?p=667</link>
		<comments>http://www.les-oc.info/?p=667#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 24 Aug 2010 12:32:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Luc Pasquinet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Contributions]]></category>
		<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[Marxisme]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.les-oc.info/?p=667</guid>
		<description><![CDATA[A l’occasion de ces (F)Estives des objecteurs de croissance, il est question de réhabiliter le socialisme utopique comme base de réflexion pour nos actions futures. Il m’a semblé pertinent d’examiner le devenir du « socialisme scientifique », ce qu’en d’autres termes on nomme le « marxisme » afin de mieux cerner la problématique. J’ai <a href='http://www.les-oc.info/?p=667'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A l’occasion de ces (F)Estives des objecteurs de croissance, il est question de réhabiliter le socialisme utopique comme base de réflexion pour nos actions futures.</p>
<p>Il m’a semblé pertinent d’examiner le devenir du « <em>socialisme scientifique</em> », ce qu’en d’autres termes on nomme le « <em>marxisme</em> » afin de mieux cerner la problématique. J’ai essayé de lister quelques vérités devenues « poncifs » à force d’être répétées mais parfois il est bon d’avoir quelques références afin d’éviter des débats inutiles.</p>
<h3><span style="color: #993300;"> 1 – Qu’est-ce que le marxisme ?</span></h3>
<p><strong><a href="http://www.les-oc.info/wp-content/uploads/2010/08/marx.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-672" title="marx" src="http://www.les-oc.info/wp-content/uploads/2010/08/marx.jpg" alt="" width="199" height="200" /></a>Rappel : </strong></p>
<p>A l’origine, le marxisme n’est pas une foi, c’est l’adhésion à une méthode. Il s’agit d’une méthode critique née justement de la critique de la religion, et de la philosophie allemande à commencer par l’idéalisme kantien et hégélien, l’idée qu’il puisse y avoir une vie des Idées indépendamment de l’existence des hommes.</p>
<p>Ce que Karl Marx se propose c’est  la « critique » de la philosophie bourgeoise, la « critique » de l’historiographie bourgeoise, la « critique » de toutes les sciences humaines bourgeoises, en un mot la critique de l’idéologie bourgeoise dans son ensemble, et pour entreprendre cette critique de l’idéologie comme de celle de l’économie bourgeoise il se place au point de vue de la classe prolétarienne.</p>
<p>Marx a commencé par la critique de la religion et de l’idéologie  où il a découvert son nouveau point de vue matérialiste.</p>
<p>Le marxisme affirme que ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, mais au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience. La conscience est donc relative et il n’existe pas de vérité absolue. Les idées ne s’opposent pas à l’être et elles n’ont pas d’histoire autonome.</p>
<p>Dans sa dernière période il consacre toutes ses forces à l’investigation critique du domaine économique, dans lequel il a découvert le pivot réel de tous les mouvements sociohistoriques.</p>
<p>Pour lui, l’histoire est d’abord l’histoire de l’exploitation, de la lutte des classes.</p>
<p>Dans l’économie politique de la classe possédante bourgeoise, la propriété privée domine toute la richesse sociale, le travail mort domine le travail présent. Au contraire dans l’économie politique du prolétariat, la société domine son « produit », c&#8217;est-à-dire que le travail vivant domine l’accumulation du travail mort ou « capital ».</p>
<h3><span style="color: #993300;">2 – Application de la vision marxiste au marxisme : les grandes transformations non imaginées au XIXème siècle :</span></h3>
<p><strong>Le marxisme dans l’histoire : l’importance donnée aux révolutions et l’oubli de la vie quotidienne</strong></p>
<p>Les marxistes ont accordé une place prépondérante à la conquête de l’Etat et à la révolution. Lorsqu’on lit  la première mouture (datée de 1923) de « <em>marxisme et philosophie</em> » de Karl Korsch, marxiste ouvert, critique à l’égard du léninisme, on s’aperçoit que ses découpages historiques dans l’histoire du socialisme s’articulent autour de révolutions.</p>
<p>La première période se termine avec les révolutions de 1848 la deuxième se termine avec la « Commune de Paris » en 1871, et la troisième période s’étend de 1871 à la révolution bolchevick.</p>
<p>La « révolution » comme phénomène politique, ainsi que la prise du pouvoir par le prolétariat par ce biais sont<em> surestimés</em>. Nous avons pu constaté ce que cela a pu donner avec la révolution en URSS qui a débouché sur une dictature sur le peuple et la mise en place d’un ordre mondiale appelé « coexistence pacifique » ayant permis l’essor du capitalisme spectaculaire au monde entier.</p>
<p>L’autre aspect du « socialisme scientifique », mais qui est lié à cette erreur stratégique, c’est qu’il a pu devenir  la couverture idéologique de la contre-révolution (car si le concept de « révolution » est bien mort, celui de contre-révolution est paradoxalement bien vivant), sociale-démocrate d’abord, stalinienne ensuite. Comment le marxisme qui était au départ une critique a-t’il pu devenir une idéologie, pire une idéologie de la contre-révolution ? Car c’est bien de contre-révolution dont il est question avec la social-démocratie ou le stalinisme.  Rendre compte de cette conversion c’est déjà critiquer le socialisme scientifique.</p>
<p><strong>La découverte de la vie quotidienne avec les situationnistes et la fin du mythe du « grand soir »</strong></p>
<p>La surestimation donnée à l’Etat et à la prise du pouvoir comme instrument décisif de la prise du pouvoir a fait oublier aux marxistes l’importance de la vie quotidienne. Or, ce qui caractérise le capitalisme au XXème siècle c’est justement la colonisation de la vie quotidienne par la marchandise comme l’ont bien analysé (de façon « <em>marxiste</em> » ou disons « <em>dialectique</em> ») les situationnistes. Cela étant, en mettant en avant la critique de la vie quotidienne imposée par le capitalisme, sa façon de produire et de consommer, on en arrive à remettre en cause la nécessité et la pertinence de la Révolution et des « grands Soirs ». L’histoire devient une histoire longue, où l’on insiste non point sur les ruptures mais sur les continuités… L’enjeu n’est plus de s’organiser pour prendre le pouvoir d’Etat, mais pour reprendre le pouvoir sur sa vie quotidienne.</p>
<p><strong>Colonisation de la vie quotidienne, importance des révolutions techniques, avènement de la société du spectacle ET unidimensionnelle, les révélations de l’univers concentrationnaire et totalitaire, la destruction de notre environnement</strong></p>
<p>Ce qui caractérise aussi le capitalisme de la deuxième moitié du XXème siècle c’est la formidable impulsion donnée aux techniques, aux révolutions techniques, (automobile et nucléaire en particulier) et le poids pris par la production et la consommation d’images dans la société, au point que GE Debord a pu écrire que «<em> les relations humaines étaient médiatisées par des images</em>. »</p>
<p>Tout a commencé avec la mise au point de la bombe atomique, qui a vu l’Etat américain mettre en œuvre une nouvelle façon de faire de la recherche, ce qu’on allait appeler le « développement » pour produire  la bombe atomique : laboratoires avec un personnel nombreux, disparition du « savant » isolé, expérimentations grandeur nature, engagement de l’Etat, etc.….or, les marxistes dominés par le « mythe du progrès » ont négligé l’analyse de cette nouvelle organisation de la technique et cet essor de la toute puissance de la science dans les esprits….Pourtant l’importance de la technique et du nucléaire sont fondamentaux pour expliquer le capitalisme au XXIème siècle… la société est organisée pour faire face à un ennemi qui pourrait tout détruire, comme dans « 1984 » de G. Orwell, la société est « unifiée » de cette façon.</p>
<blockquote><p><em>« (…).les contrôles sociaux ont été introjectés à un point el qu’il ne faut pas s’étonner si les forces oppositionnelles de l’individu ont été profondément affectées(….)Aujourd’hui la réalité technologique a envahi cet espace privé et l’a restreint. L’individu est <span style="text-decoration: underline;">entièrement</span> pris par la production et la distribution de masse et la psychologie industrielle a depuis longtemps débordé l’usine. Par conséquent il n’y a pas une adaptation mais une mimésis, une identification immédiate de l’individu à <span style="text-decoration: underline;">sa</span> société et, à travers elle, avec la société en tant qu’ensemble. (…) le problème de l’aliénation devient problématique quand les individus s’identifient avec l’existence qui leur est imposée et qu’ils y trouvent réalisation et satisfaction </em> » H. Marcuse « L&#8217;homme unidimensionnel »</p></blockquote>
<p>La technique s’imposant de plus en plus comme  un « sujet » historique, l’enjeu est maintenant de savoir si nous pouvons éviter la mise en œuvre d’un monde totalement artificiel et sans limites ou bien si nous allons rester dans un monde à échelle humaine et encore dominé par l’histoire.</p>
<p>Cette nouvelle forme prise par l’aliénation n’avait pas été imaginée par la vision marxiste traditionnelle qui envisageait la transition du capitalisme au socialisme sous forme de révolution politique : le prolétariat détruit <em><span style="text-decoration: underline;">l’appareil politique</span></em> du capitalisme (comme déjà expliqué ci-dessus) mais il conserve son <em><span style="text-decoration: underline;">appareil technologique</span></em> et il le soumet à la socialisation.</p>
<p>Or, nous savons bien maintenant qu’il ne peut être question de conserver l’appareil technologique tel qu’il existe, soit parce qu’il aliène, soit parce qu’il pollue, ou bien parce qu’une croissance infinie dans une Terre limitée est impossible…</p>
<p><strong>La loi d’entropie </strong></p>
<blockquote><p><em>Le processus économique, comme tout autre processus du vivant est<strong> irréversible</strong> (et l&#8217;est irrévocablement) ; par conséquent on ne peut en rendre compte en termes mécaniques seulement. C&#8217;est la thermodynamique, avec sa Loi de l&#8217;Entropie, qui reconnaît la distinction qualitative, que les économistes auraient dû faire dès le début entre les inputs des ressources de valeur (basse entropie) et les outputs ultimes de déchets sans valeur (haute entropie). Le paradoxe soulevé par cette réflexion, à savoir que tout <span style="text-decoration: underline;">le processus économi­que consiste à transformer de la matière et de l&#8217;énergie de valeur en déchets</span>, est ainsi résolu, facilement et de façon instructive. Pour les économistes, il est très important de reconnaître que la Loi de l&#8217;Entropie est la racine de la rareté économique. <span style="text-decoration: underline;">Si cette loi n&#8217;existait pas, nous, pourrions réutiliser l&#8217;énergie d&#8217;un morceau de charbon à volonté, en le transformant en chaleur, cette chaleur en travail, et ce travail à nouveau en chaleur. Les moteurs, les habitations et même les organismes vivants (si tant est qu&#8217;ils pussent alors exister) ne s&#8217;épuiseraient jamais non plus.</span> Il n&#8217;y aurait aucune différence économique entre les biens matériels et la terre au sens de Ricardo. Georgescu-Roengen La décroissance.</em></p></blockquote>
<p>Le processus économique produit de la dissipation et des déchets et c’est un mouvement  irréversible, par exemple le recyclage d’un même papier ne peut être effectué que  2  à 5 fois…..</p>
<p>Il reste un espoir cependant, c’est la vie, qui va se fixer comme objectif de remettre de la vie, de l’ordre ou bien de l’information là où il n’y avait que dissipation… Or, l’analyse marxiste s’appuyait sur la valeur travail, nous savons maintenant que le travail détruit la société et l’environnement, le paradigme ricardien sur lequel s’appuie la critique de l’économie politique de K. Marx est donc caduc.</p>
<p><strong>La classe ouvrière élément fondamental dans l’analyse marxiste a disparu ou quasi disparu dans sa forme originelle.</strong></p>
<p>Il reste un élément à examiner, pour assurer un changement de civilisation est-il nécessaire de s’appuyer sur un groupe social  particulier ? Et si la réponse est positive sur quel groupe devons nous nous appuyer prioritairement ? Les <em>« créatifs culturels »</em> ? Les exclus de toutes sortes ? Nous sommes au moins certains d’une chose, ce ne sera pas le prolétariat tel qu’il existait à l’époque de Karl Marx :</p>
<blockquote><p><em>« Le prolétaire dans les stades antérieures du capitalisme était vraiment la bête de somme qui procurait par le travail de son corps les nécessités et les luxe de la vie, pendant qu’il vivait, lui, dans la crasse et la pauvreté</em> » H. Marcuse Le prolétaire n’est plus un individu dominant sa machine, mais un élément de l’organisation, on dit du management de l’entreprise « (…) <em>ce qui est en jeu dans ces changements technologiques, c’est plus qu’un système de paie, c’est la relation du travailleur avec les autres classes, c’est l’organisation du travail. </em>H. Marcuse<em>.</em></p></blockquote>
<p>Or, le prolétariat était la couche sociale sur laquelle devait s’appuyer le parti pour assurer la révolution.</p>
<blockquote><p>Karl Marx a bien entrevu la transformation du travail productif en travail de contrôle et de surveillance <em>(« …le travail humain n’est plus inclus dans le processus de production – l’homme est relié au processus de production plutôt comme surveillant, comme régulateur…il est en dehors du processus de production au lieu d’en être le principal agent… »</em> <em>Fondements de la critique de l’économie politique.  Karl Marx.</em></p></blockquote>
<p>Malheureusement il a conservé une vision quantitative et mécanique de l’économie en digne héritier des classiques libéraux comme dénoncés par Georgescu-Roengen, Karl Marx imagine une substitution du travail par le capital technique grâce à l’automation et un temps<em> « où le travail humain dans sa forme immédiate, aura cessé d’être la grande source de richesse, le temps de travail cessera, et devra nécessairement cesser d’être la mesure de la richesse, et la valeur d’échange devra nécessairement cesser d’être la mesure de la valeur d’usage… </em>» Il ne critique pas les produits, ce qu’il appelle la <em>« richesse</em> », or c’est là que se trouve l’enjeu, ni la domination du monde par la technique….</p>
<p>Karl Marx et ses successeurs n’ont pas non plus envisagé le développement de la classe moyenne qui allait remplacer la classe prolétarienne. La classe moyenne est plus individualiste, 50 % des français sont propriétaires de leur logement, 80 % des Espagnols, etc.…et même si la classe moyenne explose, et que se développe la précarité, dans ces conditions la question de la collectivisation se pose de façon très différente.</p>
<p><strong>La propriété et l’usage</strong> :</p>
<p>Avec le développement de la couche moyenne, et l’échec des systèmes soviétiques, une réflexion sur la propriété des moyens de production et des moyens de consommation doit s’engager différemment. Il ne peut plus être envisagé simplement une nationalisation des moyens de production par l’Etat, l’expérience a montré la lourdeur et l’inefficacité de ces méthodes, mais plutôt un recours au système coopératif. De même, il sera difficile, de faire renoncer la majorité de nos concitoyens à la propriété de leur logement par exemple, par contre on peut imaginer des restrictions à cette propriété, un remplacement des transports individuels par des transports en commun, et une reconstruction d’un autre monde que celui de l’automobile, une réflexion différente sur l’usage, et la mise en œuvre de mesures entraînant une séparation entre la propriété et l’usage. Mais fondamentalement au-delà de la question de la propriété la question la plus importante reste celle des produits et des usages : de quels produits avons-nous réellement besoin ? Et surtout comment le déterminer autrement que par le passage par le marché ?</p>
<p><strong>La pensée unidimensionnelle :</strong></p>
<p>Karl Marx n’a pas pu imaginer l’avènement d’une pensée « opérationnaliste ».</p>
<p>Une pensée «opérationnaliste », c’est une pensée qui définit un concept –uniquement- par un ensemble d’opérations. Par exemple, le concept de « longueur » n’est ni plus ni moins que l’ensemble des opérations qui mesurent la longueur. Ce principe a été transféré au domaine linguistique, en considérant « les noms des choses comme étant immédiatement indicatifs de leur mode de fonctionnement, et le nom des propriétés et des processus comme des représentations de l’appareillage utilisé pour les détecter et les produire » (H. Marcuse). Résultat, le langage « unidimensionnel » est inspiré de la publicité, il mélange les termes opposés (« la liberté c’est l’esclavage » comme déjà expliqué par G. Orwell, citons les ôdes à la « libre entreprise », à la « bombe propre », les chants sur la « construction du communisme »,    il est essentiellement concret, impose constamment des images pour empêcher le développement et l’expression des concepts.</p>
<blockquote><p>« D<em>ans son immédiateté et son univocité, il empêche la pensée conceptuelle. Il empêche la pensée.(…) Si sur le plan linguistique, le développement des concepts est bloqué, si le langage refuse l’abstraction, il ne peut plus s’employer à dévoiler les facteurs qui sont derrière les faits et ainsi il ne peut plus s’employer à dévoiler le <strong>contenu historique</strong> des faits.(…) le langage fonctionnel est fondamentalement anti-critique et anti-dialectique.(…) Si dans l’univers social de la rationalité opérationnelle cette dimension est supprimée, c’est l’histoire qui de même coup se trouve supprimée et il ne s’agit pas d’un évènement qui relève de l’université, il s’agit d’un évènement politique(…) Ce combat qui est mené contre l’histoire est-il un des aspects du combat qui est mené contre  la dimension de l’esprit à l’intérieur de laquelle les forces et les facultés oppositionnelles pourraient se développer.</em> » H. Marcuse.</p></blockquote>
<p>Dans ce contexte le débat sur le mot « décroissance » prend une autre allure, il devient nécessaire justement parce qu’il est critique et qu’il contient une dimension historique….</p>
<h3><span style="color: #993300;">3 – Que reste-t’il du marxisme aujourd’hui ? Comment rétablir le négatif aujourd’hui ?</span></h3>
<blockquote><p> <strong>«<em>Toutes les tentatives pour rétablir la doctrine marxiste comme un tout et dans sa fonction originelle de théorie de la révolution sociale de la classe ouvrière sont aujourd’hui des utopies réactionnaires</em> » (Karl Korsch  <em><span style="text-decoration: underline;">« marxisme et philosophie ».</span></em><span style="text-decoration: underline;">)<em></em></span></strong></p></blockquote>
<p>Déjà ça commence mal ! Et pourtant nous adhérons à cette affirmation….néanmoins, il reste que le marxisme à l’origine était une formidable entreprise de négation, Karl Marx un super esprit critique et nous pensons  que notre époque a besoin plus que jamais d’esprit critique. Karl Marx a d’abord voulu critiquer la Religion, la Philosophie, pas créer une nouvelle idéologie, un nouveau prêt à penser. Il nous faut donc renouer avec cet Esprit au sens le plus large possible et nous opposer, à la Religion de la toute puissance de la technique et de la Science, à la pensée unique du marché roi.</p>
<p><strong>Il faut aussi mettre fin au mythe des personnalités monumentales et redonner une dimension humaine à Karl Marx, un simple penseur du socialisme parmi d’autres</strong>.</p>
<p><em>« Marx n’est aujourd’hui qu’un parmi les nombreux précurseurs fondateurs et continuateurs du mouvement socialiste de la classe ouvrière. Non moins importants sont les socialistes dits utopiques, du temps de Thomas Moore au nôtre. Non moins importants sont de grands rivaux de Marx, tels que Blanqui et des ennemis irréductibles, tels que Proudhon et Bakounine</em> » Karl Korsch.</p>
<p>Mais il n’empêche que la critique de l’économie politique mise en œuvre par des partis « marxistes » a permis en son temps de mobiliser et…. de <em>contrôler</em>  la classe ouvrière comme précisé ci-dessus. Dans ce sens les « marxistes » ont réussi à trouver la façon d’établir un dialogue mobilisateur afin de faire naître et se développer le « négatif ».</p>
<p><strong>L’esprit critique, la vision dialectique de l’histoire. Contre la « positive attitude ».Contre la société unidimensionnelle.</strong></p>
<p>Notre tâche est différente de nos prédécesseurs marxistes, il s’agit à la fois d’établir un dialogue avec la majorité de nos concitoyens et d’éviter de devenir une avant-garde éclairée, c&#8217;est-à-dire de prendre le pouvoir sur nos concitoyens.Nous ne voulons pas prendre le pouvoir ce qui constituerait pour  nous un plaisir bien fade, et s’arrêterait à cela que nous le voulions ou non, mais plutôt de changer la société, autrement dit de changer de civilisation et de vivre tout de suite ce qui constitue notre « projet ».</p>
<p>Bref il ne s’agit plus de faire la Révolution mais de révolutionner notre vie quotidienne en changeant notre façon de produire et de consommer et certainement en relocalisant nos économies. Or, est-il possible d’impulser un changement de civilisation ? Comment pourrons-nous impulser un tel changement ?</p>
<p>Certains évoquent l’apparition dans les médias, malheureusement c’est oublier que notre société est dominée par la dialectique de l’invisibilité et du spectaculaire, paraître dans les médias ne veut pas dire devenir « visible », mais plutôt « <em>spectacle</em> » ou bien « <em>star</em> », avec le risque de voir la même chose se produire qu’avec l’insistance sur l’Etat et la prise du pouvoir dans les périodes précédentes, c’est à dire la récupération du mouvement critique par une minorité « éclairée ». Car les médias n’ont d’autres objectifs que d’attirer l’audience maximale, pour faire vendre et tous les sujets pouvant susciter l’intérêt sont les bienvenus à commencer par le sexe et le sordide, mais aussi le catastrophisme ou le millénarisme…De plus est-il cohérent de s’opposer à la TV et d’accepter d’y paraître ? Tout au plus pouvons-nous accepter de figurer dans les médias moins dominés par l’image comme la radio et les journaux.</p>
<p>D’autres ne jurent que pas l’action légale, le droit international notamment, parlent de « droit de la Terre-mère » qui viendraient compléter les droits politques, puis sociaux de l’après guerre (Geneviève Hazam)….</p>
<p>Ne faut-il pas plutôt d’abord développer une pensée critique, pour découvrir le pivot permettant de susciter le dialogue avec nos contemporains,  participer à des expérimentations individuelles et collectives de <strong><span style="text-decoration: underline;">rupture</span></strong> d’avec le système dominant ?</p>
<p>Aujourd’hui la critique doit se dresser contre l’émergence de la technique comme sujet dans l’histoire à commencer par la lutte antinucléaire. Elle se doit aussi de critiquer les produits qui nous sont offerts, l’obsolescence programmée, la colonisation de nos imaginaires, etc.…La société unidimensionnelle a réussi justement parce qu’elle a pu susciter le salut à travers l’accumulation de biens, dans une situation de guerre contre l’extérieur, or avec la fin de l’ère de la croissance et de la coexistence pacifique elle pourra de moins en moins satisfaire ce penchant quasi-religieux, ce qui fera autant de brèches dans lesquelles nous devons nous engouffrer, de plus en plus elle ne pourra plus s’imposer avec les pâles ersatz de la technique, les gadgets de toutes sortes, elle ne pourra plus que se poser en disant « <em>c’est ça et rien d’autre</em> », à nous alors, de mettre en oeuvre autre chose….</p>
<p><strong>Bibliographie </strong>:</p>
<p>Karl Korsch « marxisme et philosophie », et « marxisme et contre-révolution »</p>
<p>Herbert Marcuse « la société unidimensionnelle »</p>
<p>John Holloway : « changer la société sans prendre le pouvoir ».</p>
<p>GE Debord : « la société du spectacle ».</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.les-oc.info/?feed=rss2&amp;p=667</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Créons 1000 Vandoncourt</title>
		<link>http://www.les-oc.info/?p=662</link>
		<comments>http://www.les-oc.info/?p=662#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 23 Aug 2010 13:05:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Contributions]]></category>
		<category><![CDATA[Sans attendre]]></category>
		<category><![CDATA[Démocratie]]></category>
		<category><![CDATA[Municipal]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.les-oc.info/?p=662</guid>
		<description><![CDATA[Le capitalisme réellement existant nous apporte la preuve, chaque jour plus évidente, de ses méfaits grandissants, qu&#8217;ils soient sociétaux, environnementaux ou économiques&#8230;En face, on peut dire que la démocratie représentative a baissé les bras, et qu&#8217;elle n&#8217;est plus qu&#8217;une supplétive des multinationales qui régissent le monde à leur façon, directement <a href='http://www.les-oc.info/?p=662'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le capitalisme réellement existant nous apporte la preuve, chaque jour plus évidente, de ses méfaits grandissants, qu&#8217;ils soient sociétaux, environnementaux ou économiques&#8230;En face, on peut dire que la démocratie représentative a baissé les bras, et qu&#8217;elle n&#8217;est plus qu&#8217;une supplétive des multinationales qui régissent le monde à leur façon, directement contre les peuples. Un temps, les puissances d&#8217;états, dans des politiques Keynesiennes, ont pu donner le change. Aujourd&#8217;hui, tout leur échappe, hormis le fait de devoir serrer la ceinture des peuples économiquement, organiser leur surveillance généralisée, et réprimer quand faire se peut. Pourtant, dans le même temps, l&#8217;écart entre riches et pauvres, entre pays riches et pauvres, ne cesse d&#8217;augmenter à un point tel que quelques individus ont plus de pouvoir et de puissance que bien des états. N&#8217;empêche, dans le même temps, c&#8217;est le peuple qui est sommé de devoir baisser sa consommation pour éponger des politiques inconséquentes dans lesquelles il n&#8217;est pour rien.</p>
<p>Le sentiment le plus largement partagé par le citoyen lambda est celui de son impuissance quotidienne, et notamment celle de son bulletin de vote. Qu&#8217;il soit de droite ou de gauche, il s&#8217;aperçoit que les mêmes politiques appliquées provoquent les mêmes effets, et sa réaction se traduit de plus en plus par l&#8217;abstention, largement vilipendée par médias interposés qui posent en coupables ceux qui omettent de « faire leur devoir ». Comme si la participation à la chose commune devait être vécue comme un devoir, et non pas comme un moment joyeux, d&#8217;altruisme, de partage, d&#8217;échange, avec la population.</p>
<p>Comment sortir de cette impasse impuissante, où l&#8217;économie règne en maîtresse absolue, où les politiques appliquent les desiderata des grands groupes ? Il semble que des approches ont déjà eu lieu, partout dans le monde. Partout dans le monde, des individus cherchent à se réapproprier leur quotidien. Ce sont des centaines de SCOP qui se montent en Argentine, des villes anglaises s&#8217;auto-organisent  et font baisser leur empreinte écologique, les SCOP de Mondragon, en Espagne, expérimentent depuis un demi siècle l&#8217;autogestion. Plus près de chez nous, depuis quarante ans, le village de Vandoncourt, dans le Doubs, expérimente la démocratie directe. Ce sont les habitants qui montent les projets, choisissent, agissent. Un renouveau de la démocratie, une réelle puissance du citoyen ne passent-elle pas par la multiplication de cette expérience, en la prolongeant beacoup plus loin encore, jusque sur les terrains économiques, agricoles, éducatifs ? C&#8217;est ce que nous proposons ici à la réflexion.</p>
<p>Combattre le système économique, oui mais comment ? Par la multiplication des Vandoncourt, par l&#8217;émergence dans la société civile de la parole libérée du peuple libéré. Non plus des bulletins de vote anonymes dans le secret des isoloirs, mais les confrontations sur l&#8217;agora des politiques publiques. A la puissance des multinationales, des entreprises économiques régissant le monde, opposer la population dans des débats contradictoires et ouverts. Pour cela, il faut que la commune devienne l&#8217;entité exclusive de la démocratie directe, après la disparition des départements et régions et leur transmission de tous pouvoirs. Il faut également que la taille des communes soit suffisante et suffisamment égalitaire, sur tout le territoire. Nous proposons le redécoupage territorial en 12 000 communes de 5 000 habitants, ou 15 000 communes de 4 000 habitants, de façon à ce que des assemblées générales de citoyens puissent être organisées, et la stricte égalité en matière de finances. Nous proposons également le rattachement des services publics à ces nouvelles communes : police, justice, enseignement, poste, banques, etc., et la disparition des préfectures, l&#8217;exécutif communal étant à la fois celui de l&#8217;état. Nous proposons la possibilité d&#8217;intervention économique. Le budget participatif, élaboré par toute la population, sera la première intervention de base de la population. La relocalisation de l&#8217;emploi, le rachat des terres et leur location <em>ad vitam eternam</em> rendra possible la retransformation de l&#8217;agriculture paysanne. Les droits fondamentaux (logement, santé, nourriture) seront à traiter en  priorité. L&#8217;installation d&#8217;entreprises, leur création,  seront l&#8217;objet de débats permanents. La reterritorialisation des habitants sera également source d&#8217;une nouvelle répartition visant à désengorger les villes et à redonner de l&#8217;espace vital. Dès lors, c&#8217;est à chacun de s&#8217;engager, là où il est, pour le montage de listes municipales aux prochaines élections portant comme unique programme de rendre le pouvoir aux habitants.</p>
<p><strong>A / INSTITUTIONS</strong></p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">CONSTAT :</span> </strong>Un parlement (assemblée nationale + sénat) dont la première fonction est d&#8217;inscrire dans le droit français les directives européennes (à l&#8217;heure actuelle, 60% du droit français ! ) prises par une commission non élue et simplement représentative ! Un parlement élu par des contorsions électoralistes (système électoral majoritaire qui favorise les grands partis pour l&#8217;assemblée nationale, grands électeurs nommés pour le sénat) dont la seconde fonction est de voter des lois élaborées par l&#8217;exécutif ! Un parlement qui n&#8217;est pas maître de son ordre du jour. Un échaffaudage d&#8217;administrations (communes, communautés de communes, départements, régions, syndicats divers et multiples) aux compétences variées&#8230;Tout ceci concourt à une paralysie totale de l&#8217;administration.</p>
<p>Dans l&#8217;administration aussi il faut une révolution démocratique, et faire de la commune l&#8217;entité de base démocratique, avec une assise suffisamment élargie pour avoir un budget conséquent, et suffisamment restreinte au niveau de la population pour avoir une possibilité de démocratie directe.</p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">PROPOSITION :</span></strong> Une seule entité territoriale, la commune, détentrice de tous les droits dévolus actuellement aux diverses assemblées.(département, région, communautés de communes&#8230;). Nous proposons la création de 12 000 communes de 5 000 habitants, disposant d&#8217;un budget identique à l&#8217;origine (regroupement de toute la fiscalité diverse au niveau étatique et redistribution égalitaire).</p>
<p><strong>B / DEMOCRATIE DIRECTE</strong></p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">CONSTAT :</span></strong> quand le peuple ne vote pas, c&#8217;est qu&#8217;il n&#8217;accomplit pas son devoir électoral, qui est aussi un droit (moins d&#8217;une moitié des électeurs aux dernières régionales). On le fustige, on le met au banc des accusés. Quand le peuple vote, mais ne vote pas comme les pouvoirs s&#8217;attendent à ce qu&#8217;il vote, on a deux solutions : soit on le fait revoter pour qu&#8217;il vote raisonnablement comme les pouvoirs (politiques, médias, économiques&#8230;) le lui avaient laissé entendre par l&#8217;intermédiaire des sondages, (exemple de l&#8217;Irlande pour le  traité constitutionnel), soit on passe directement par dessus son vote et on s&#8217;adresse directement aux assemblées élues qui elles votent raisonnablement en suivant les recommandations des pouvoirs  en place (cas de la France et du traité de Lisbonne).  C&#8217;est à dire qu&#8217;au nom de LA démocratie, on produit régulièrement des dénis de démocratie.</p>
<p>Enfin, quand l&#8217;électeur vote blanc, on ne tient pas compte de son vote, quand les votes n&#8217;atteignent pas la moitié des électeurs, les décisions s&#8217;appliquent quand même, quand certains veulent s&#8217;inscrire sur des listes électorales, on leur laisse entendre que n&#8217;ayant pas de domicile fixe, ce n&#8217;est pas possible, etc. Fourrier disait que tant qu&#8217;une seule personne était exclue de la démocratie, il n&#8217;y avait pas de démocratie. Et que dire du cumul des mandats, du financement des partis, de la parité inexistante, de la collusion totale entre les pouvoirs politique et économique, des dessous de table, des privilèges&#8230;? Mais l&#8217;abstention grandissante peut être également vue comme un phénomène révolutionnaire. Elle indique la défiance du peuple face à tous les partis de pouvoir, le fait qu&#8217;il ait compris que le système parlementaire  n&#8217;est qu&#8217;une apparence de démocratie qui consiste pour la classe dirigeante a obtenir l&#8217;adhésion du peuple, mais qu&#8217;il peut aussi s&#8217;en passer, car la dictature des marchés en place n&#8217;a que faire de l&#8217;expression du peuple. Il n&#8217;est que de voir son installation sous les dictatures diverses qui continuent de fleurir à la surface de la planète (Chine, pays émergents&#8230;).</p>
<p>La nouvelle éducation populaire pense qu&#8217;il faut revenir à l&#8217;origine de la démocratie, qui dit que la souveraineté du peuple s&#8217;exerce soit directement soit par l&#8217;intermédiaire de ses représentants. Etant donné que nous avons épuisé la forme représentative de la démocratie, il nous faut en expérimenter la forme directe. En effet, l&#8217;abstention est le fait de ne pas donner son pouvoir, donc de le garder, et de ne pas choisir parmi une liste de candidats, donc d&#8217;être en potentialité d&#8217;exercer le pouvoir par soi même. Quelles que soient les raisons profondes qui font que les électeurs ne vont plus voter, la réalité de l&#8217;acte est qu&#8217;il n&#8217;y a pas délégation de pouvoir, et qu&#8217;un pouvoir non donné est un pouvoir gardé. C&#8217;est de cette réalité là dont il est question et avec laquelle il faut composer.</p>
<p><a href="http://www.les-oc.info/wp-content/uploads/2010/08/vandoncourt.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-664" title="vandoncourt" src="http://www.les-oc.info/wp-content/uploads/2010/08/vandoncourt.jpg" alt="" width="300" height="166" /></a>Aucun des grands problèmes actuels ne trouve de réponse dans les partis politiques : crise sociale, économique, écologique&#8230;Comment la démocratie représentative, qui ne cesse de se défaire de ses pouvoirs face aux marchés, pourrait-elle jouer le rôle important qui devrait être le sien, face aux mafias économiques, financières et politiques ? La seule façon d&#8217;imposer des changements salutaires et nécessaires pour la sauvegarde de la planète est que le peuple en son entier se constitue en force face à la puissance des marchés, des institutions économiques et s&#8217;oppose à des politiques mortifères.</p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">ILLUSTRATION :</span></strong> Vandoncourt, petite commune du Doubs de 800 habitants, expérimente la démocratie directe depuis plus de quarante ans. Ce sont les habitants qui font les choix politiques, définissent les priorités, montent les dossiers, les instruisent, y compris sur le plan financier. Le conseil municipal valide les décisions, le maire les signe. Qui dit mieux ?</p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">PROPOSITION :</span></strong> Créer des Vandoncourt de partout en France. Monter des listes qui, une fois élues, le remettraient entre les mains de la population, dont le seul programme serait l&#8217;absence de programme, dont le seul argument serait de se défaire du pouvoir pour le remettre aux assemblées délibérantes dans chaque commune.</p>
<p>Joël feydel</p>
<blockquote><p>Sur le site du NPA, on peut lire aussi l&#8217;article traduit du quotidien espagnol <em>El Mundo : </em><em>En Andalousie, le maire et les habitants d</em><em>’</em><em>une petite ville ont décidé d</em><em>’</em><em>appliquer une politique anticapitaliste. </em></p>
<p><a href="http://www.npa2009.org/content/marinaleda-un-%C3%AElot-d%E2%80%99anticapitalisme" target="_blank">http://www.npa2009.org/content/marinaleda-un-ilot-d&#8217;anticapitalisme</a></p></blockquote>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.les-oc.info/?feed=rss2&amp;p=662</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Quel projet pour les écologistes ?</title>
		<link>http://www.les-oc.info/?p=653</link>
		<comments>http://www.les-oc.info/?p=653#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 20 Aug 2010 12:21:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Thierry Brulavoine</dc:creator>
				<category><![CDATA[Contributions]]></category>
		<category><![CDATA[Points de vue]]></category>
		<category><![CDATA[George Bataille]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.les-oc.info/?p=653</guid>
		<description><![CDATA[Nous remercions Yves Cochet de nous autoriser à publier, dans nos contributions des (F)Estives 2010 des objecteurs de croissance, ce texte qui peut mettre &#171;&#160;Europe Ecologie&#160;&#187; au pied du mur de ses valeurs fondamentales. L&#8217;article vaut aussi particulièrement aussi par sa référence à Georges Bataille. Plus que La part maudite, <a href='http://www.les-oc.info/?p=653'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Nous remercions Yves Cochet de nous autoriser à publier, dans nos contributions des (F)Estives 2010 des objecteurs de croissance, ce texte qui peut mettre &laquo;&nbsp;Europe Ecologie&nbsp;&raquo; au pied du mur de ses valeurs fondamentales. L&#8217;article vaut aussi particulièrement aussi par sa référence à Georges Bataille. Plus que</em> La part maudite<em>, c&#8217;est l&#8217;essai sur</em> La notion de dépense <em>qui mériterait d&#8217;être lu et étudié par bien des décroissants. Bataille y pose la question du &laquo;&nbsp;se réjouir&nbsp;&raquo; plutôt que &laquo;&nbsp;jouir&nbsp;&raquo;.</em></p>
<p><img title="Lire la suite…" src="http://www.les-oc.info/wp-includes/js/tinymce/plugins/wordpress/img/trans.gif" alt="" /><span id="more-653"></span></p>
<p>La situation se résume en une phrase : l&#8217;économie mondiale se contracte tendanciellement, mais personne ne pense ou ne gère cette décroissance-là. Ou en une autre phrase : aucun gouvernement, aucune organisation internationale (FMI, OCDE&#8230;), aucun institut universitaire établi ne publie d&#8217;étude qui ne prévoit pas un retour à une croissance économique continue.</p>
<p>Comment expliquer cet aveuglement général autrement que par l&#8217;attachement irrationnel des dirigeants économiques et politiques à la croissance comme panacée universelle ? Bien que l&#8217;hypothèse de la décroissance objective &#8211; correspondant fidèlement aux faits matériels (déplétion des ressources, catastrophes écologiques) &#8211; soit plus explicative du mouvement réel du monde que toute théorie de la reprise possible, les responsables de droite comme de gauche continuent d&#8217;imaginer des plans à l&#8217;ancienne pour retrouver la croissance perdue.</p>
<p>L&#8217;unique politique publique mise en œuvre partout, de type keynésien, est de gagner du temps en imprimant plus de monnaie ou en empruntant plus pour quelque relance, en espérant qu&#8217;une nouvelle croissance future permettra de rembourser les dettes présentes. Cela marchait jadis, ça ne marche plus aujourd&#8217;hui : nous vivons l&#8217;époque où la croissance rencontre les limites de la planète.</p>
<p>Les évolutions aux Etats-Unis illustrent notre propos. La récession promet une fin d&#8217;année difficile pour le peuple américain, alors même que la &laquo;&nbsp;relance&nbsp;&raquo; du président Obama est censée être à son apogée. Malgré le maquillage des statistiques par Washington, la dégradation de la situation des ménages se poursuit : le chômage réel est de l&#8217;ordre de 20 %, les saisies immobilières continuent, le surrendettement s&#8217;accroît, le déficit fédéral et celui des Etats se creusent. Comme en Grèce, mais avec un tout autre retentissement international, le gouvernement Obama sera bientôt contraint à un plan d&#8217;austérité budgétaire et à une hausse de la pression fiscale. Le mythe de l&#8217;indestructible croissance américaine s&#8217;effondrera et, avec lui, la majeure partie du système financier international.</p>
<p>C&#8217;est dans ce paysage de décroissance que doit s&#8217;élaborer le projet d&#8217;Europe Ecologie pour la décennie 2010-2020, autour de trois exigences : dire la vérité, garantir la justice, proposer une vision.</p>
<p>Nous n&#8217;aimons pas la vérité. Mais les faits n&#8217;ont que faire de notre déni. Les sombres perspectives économiques et, surtout, l&#8217;immensité du désastre écologique et géologique qui s&#8217;avance doivent être reconnues, partagées et diffusées par toute formation politique sérieuse, c&#8217;est-à-dire débarrassée de l&#8217;hypocrisie de programmes qui se résument tous à : <em>&laquo;&nbsp;Votez pour nous, ça ira mieux demain.&nbsp;&raquo;</em> S&#8217;il est une &laquo;&nbsp;politique autrement&nbsp;&raquo;, sa première qualité est d&#8217;annoncer le plus probable &#8211; une longue récession -, non de vendre une illusion &#8211; la croissance retrouvée.</p>
<p>Dans cette optique, on ne pourra éviter le chaos social que par un effort inédit de justice basé sur deux objectifs : un travail pour tous, un revenu pour tous. Pour atteindre le premier, il nous faut reprendre les attributs qui ont permis le succès de la réduction du temps de travail en 1998 : qu&#8217;elle soit massive, rapide et générale. La proposition d&#8217;une semaine de 28 heures en quatre jours est la plus adaptée à la situation actuelle. Pour s&#8217;avancer vers le second objectif, la proposition d&#8217;un revenu d&#8217;existence élevé, universel, inconditionnel et individuel répond à la question des discontinuités dans les carrières professionnelles et organise la sécurité économique à partir de la personne et non du statut social. Une société écologiquement sobre est aussi une société plus solidaire, dans laquelle chacun est libéré de la crainte d&#8217;être exclu.</p>
<p>C&#8217;est dans la critique de la centralité du travail rémunéré que nous trouverons les bases d&#8217;une nouvelle vision du devenir humain. La propagande contemporaine ne cesse de rabâcher que <em>&laquo;&nbsp;travailler plus, pour gagner plus, pour consommer plus&nbsp;&raquo;</em> est la voie vers le bonheur. Le productivisme travailliste et consumériste serait jouissif, tandis que l&#8217;écologie décroissantiste serait synonyme de frustration, de renoncement, de mortification.</p>
<p>Le contraire est vrai, assurément. Les activités qui ne relèvent pas du travail, du calcul en vue de l&#8217;accomplissement d&#8217;une tâche, de l&#8217;obtention d&#8217;un résultat, bref de l&#8217;esprit productiviste, ces activités sont les plus épanouissantes parce qu&#8217;elles sont effectuées pour elles-mêmes, non comme moyens en vue d&#8217;une fin. Ce sont des dépenses qui ne mènent nulle part, n&#8217;ont aucune utilité, ne sont pas conditionnées par une demande quelconque : ce sont des dépenses souveraines, improductives, insubordonnées. C&#8217;est par cette réorientation du désir que nous sortirons du travaillisme. On peut vivre mieux en travaillant et en consommant moins.</p>
<p>Quelle est l&#8217;amorce, la motivation, l&#8217;excitation qui détrônera les valeurs du productivisme au profit de celles de l&#8217;écologie ? Notre réponse, après George Bataille, est : la propension à la dépense libre. Disqualifier ainsi la puissance, l&#8217;utilitarisme et la surconsommation pour faire de l&#8217;écologie, de la sobriété et de la décroissance une mode, un esprit du temps, un nouvel imaginaire collectif, telle est notre vision.</p>
<p>La gravité et l&#8217;imminence des bouleversements incitent à penser que le temps d&#8217;une transition douce par des solutions graduelles est loin derrière nous, lorsque des scientifiques ont commencé à sonner l&#8217;alarme au sujet des folies financières, de la dérive de l&#8217;effet de serre et du pic pétrolier. Cependant, nous pouvons encore construire une décroissance prospère. Si vous pensez qu&#8217;une telle réorientation de civilisation est difficile en période de récession économique, imaginez à quel point ce le sera plus tard, après la dislocation du système financier, la raréfaction de l&#8217;énergie disponible et les perturbations liées au changement climatique.</p>
<div>Article paru dans l&#8217;édition du 17.08.10. du <em>Monde</em></div>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.les-oc.info/?feed=rss2&amp;p=653</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Revenu garanti, coopératives municipales et monnaies locales</title>
		<link>http://www.les-oc.info/?p=620</link>
		<comments>http://www.les-oc.info/?p=620#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 16 Aug 2010 06:34:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[(F)Estives de Marlhes]]></category>
		<category><![CDATA[Contributions]]></category>
		<category><![CDATA[Débats]]></category>
		<category><![CDATA[Relocalisations]]></category>
		<category><![CDATA[Coopérative]]></category>
		<category><![CDATA[Monnaie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.les-oc.info/?p=620</guid>
		<description><![CDATA[Nous remercions Jean Zin de nous autoriser à publier, dans nos contributions des (F)Estives 2010 des objecteurs de croissance, ce texte qui réunit trois &#171;&#160;utopistes&#160;&#187;. Sur le site de Jean Zin, la lecture des commentaires qui suivent l&#8217;article est enrichissante : trouver donc le temps de les lire. Le texte <a href='http://www.les-oc.info/?p=620'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div>
<p><em>Nous remercions Jean Zin de nous autoriser à publier, dans nos contributions des (F)Estives 2010 des objecteurs de croissance, ce texte qui réunit trois &laquo;&nbsp;utopistes&nbsp;&raquo;.</em></p>
<p><em>Sur le site de Jean Zin, la lecture des commentaires qui suivent l&#8217;article est enrichissante : trouver donc le temps de <a href="http://jeanzin.fr/index.php?post/2006/10/18/68-revenu-garanti-cooperatives-municipales-et-monnaies-locales" target="_blank">les lire</a>. Le texte était écrit pour le numéro 27 de Multitudes : à <a href="http://multitudes.samizdat.net/Revenu-garanti-cooperatives" target="_blank">consulter également </a>!</em></p>
<p><em>Cette question des &laquo;&nbsp;coopératives municipales&nbsp;&raquo; sera discutée lors de ces (F)Estives, avec la participation  de Benny Aguey-Zinsou.</em></p>
<p><span id="more-620"></span><em></em></p>
<p><a href="http://www.les-oc.info/wp-content/uploads/2010/08/borro1.gif"><img class="alignright size-full wp-image-621" title="borro1" src="http://www.les-oc.info/wp-content/uploads/2010/08/borro1.gif" alt="" width="250" height="235" /></a>Le revenu garanti s’impose à l’ère de l’information, du travail autonome et du développement humain mais aussi pour des raisons écologistes de sortie du salariat productiviste. Cependant, pour assurer effectivement une production alternative, il ne faut pas seulement s’occuper des revenus mais aussi de la production elle-même, des moyens de production comme des moyens monétaires et des circuits marchands. Dans une perspective écologiste de relocalisation de l’économie, revenu garanti, coopératives municipales et monnaies locales se révèlent ainsi indissociables pour construire un nouveau système de production, sur d’autres rapports sociaux que le salariat, à l’ère du travail immatériel et de la globalisation marchande.</p>
<p>Depuis la chute du communisme, le manque d’alternative paralyse tout mouvement social de quelque ampleur, comme la lutte contre le CPE ne trouvant aucun débouché politique autre qu’une défense illusoire du CDI, sans aucun effet sur le développement de la précarité. Les causes de notre échec ne sont pas dans la force supposée de nos adversaires, mais bien dans la faiblesse de nos propositions et dans nos archaïsmes face aux enjeux écologiques et face aux bouleversements considérables que nous vivons depuis notre entrée dans l’ère de l’information.</p>
<p>Il ne suffit pas de critiquer le capitalisme et son productivisme insoutenable, il faudrait avoir autre chose à proposer. Au-delà de mesures partielles ou défensives, il y a une nécessité vitale à construire une alternative écologiste à la globalisation marchande, alternative qui soit à la fois réaliste et tournée vers l’avenir, c’est-à-dire en tenant le plus grand compte des contraintes matérielles aussi bien que des nouvelles technologies de l’information, plutôt que de s’accrocher vainement à un passé industriel révolu, et pas aussi glorieux qu’on le dit !<br />
Dans cette perspective d’avenir, la revendication d’un revenu garanti ne peut se réduire à une simple adaptation au système actuel, comme la « sécurité sociale professionnelle » défendue par les syndicats. Il faut souligner au contraire son caractère potentiellement révolutionnaire comme élément d’un nouveau système de production basé sur le travail autonome et la coopération des savoirs (et non plus sur le salariat et la concurrence). La portée d’un « revenu garanti suffisant » est double : c’est bien l’adaptation des rapports sociaux aux nouvelles forces productives à l’ère de l’information, mais c’est aussi la condition <em>sine qua non</em> d’une alternative au productivisme salarial ainsi que d’une nécessaire relocalisation de l’économie face à une globalisation débridée.</p>
<p>Le revenu garanti est donc absolument essentiel, mais il faut l’appréhender dans ses deux faces d’adaptation et de transformation, pivot de ce qu’on doit considérer comme une véritable révolution, une « libération du travail » comparable à l’abolition de l’esclavage, et qui suscite d’ailleurs les mêmes craintes. Cependant, pour assurer effectivement une production alternative à partir de ce travail libéré, il ne faut pas seulement s’occuper des revenus mais de la production elle-même, ainsi que des moyens monétaires et des circuits marchands. Au-delà de la question du revenu, il faut passer à une vision plus globale d’organisation de la production, intégrant la dimension écologique qui se fera de plus en plus pressante. Ce nouveau système de production à l’ère de l’information, de l’écologie et du développement humain pourrait se construire sur l’articulation d’un revenu garanti (reproduction), de coopératives municipales (production) et de monnaies locales (échanges).<br />
Tout ceci paraîtra fort éloigné de notre réalité actuelle et des revendications syndicales mais on sait bien qu’il est complètement utopique de continuer encore longtemps ainsi, et que la voie d’une alternative est étroite entre utopie et laisser-faire, comme entre totalitarisme et libéralisme. Il est d’autant plus urgent d’essayer de donner une forme concrète à cette alternative afin de pouvoir à nouveau se projeter dans l’avenir et organiser l’action.<br />
Cela devrait avoir au moins l’avantage de rendre plus sensible la reformulation des problèmes qui s’opère, la conversion du regard nécessaire (de la sécurité sociale au développement humain), et finalement à quel point ces nouvelles problématiques, qui rejoignent les expérimentations actuelles en Amérique du sud, sont très éloignées des anciennes visions du monde (socialistes aussi bien que libérales) qui règnent encore sans partage. C’est d’ailleurs ce qui en fait l’étrangeté et nourrit l’incrédulité générale. Il faudrait vraiment « changer d’ère » pourtant car les questions ne se posent plus du tout dans les mêmes termes désormais, à la fois plus globales et plus locales, sans disparaître non plus par magie dans les fantasmes de l’auto-organisation ou d’une société idéale, toujours trop parfaite et logique !</p>
<p>Pas de fin de l’histoire, non, encore moins de toutes nos aliénations dans une réconciliation finale et définitive ! Il faudra toujours se corriger, redresser la barre, surmonter le désastre, s’en tirer comme on peut, affronter les contradictions, réduire les inégalités. La fin de l’esclavage n’a pas été pour autant la promesse d’un bonheur sans fin et l’on ne peut même pas dire cette fois que ce serait la fin du salariat, plutôt sa marginalisation progressive au profit des activités autonomes.</p>
<h3>L’ère de l’information, de l’écologie et du développement humain</h3>
<p>S’il y a bien une illusion répandue, c’est de croire que tout pourrait revenir comme avant car, c’est un fait massif, le devenir immatériel de l’économie bouleverse toutes les données et les bases de la valeur (gratuité de la reproduction numérique, logiciels libres, etc.) tout comme celles d’un revenu, de plus en plus irrégulier et discontinu, pour un travail de plus en plus précaire et intermittent. Il faut y voir la conséquence du passage de la « force de travail » à la « résolution de problèmes », qui ne se mesure plus au temps passé mais au résultat (direction par objectif). C’est aussi le passage d’une « économie de la production » de masse à une « économie de la demande » (<em>just-in-time</em>), tournée vers les services et guidée par l’information, ce qui se traduit par une bien plus grande flexibilité de l’emploi.</p>
<p>Du coup, même si personne ne semble en vouloir, la question de la garantie du revenu revient sans cesse et avec insistance dans le débat public (RMI, chômeurs, travailleurs pauvres, précaires, étudiants, intermittents, créatifs, chercheurs, formation, jeunes, agriculteurs, retraites, etc.). Elle a beau paraître impensable à la plupart, la garantie du revenu devrait s’imposer finalement dans les faits, à mesure des transformations du travail à l’ère de l’information.</p>
<p>Bien sûr, il n’y a aucune chance qu’on obtienne un véritable revenu garanti à court terme, cela ne retire rien à sa nécessité. Il finira par s’imposer devant les souffrances sociales et le gâchis humain que provoque la volonté de maintenir les principes dépassés d’un salariat fordiste et d’un « plein-emploi » purement verbal qui laisse de plus de plus de monde sur le bord de la route. De même, la sortie du productivisme n’est pas pour demain, c’est une évidence, mais là encore on n’a guère le choix et il faudra bien y venir. Ce sont donc les principes de l’avenir qu’il faut examiner, aussi étrangers paraissent-ils à notre présent, aussi opposés soient-ils au triomphe du néolibéralisme et de la globalisation marchande. On ne pourra se contenter longtemps d’un revenu garanti comme régulation du capitalisme cognitif alors que la température n’arrête pas de monter (le devenir immatériel de l’économie ne suffisant pas à réduire le productivisme du capitalisme et sa dépendance d’une société de consommation suicidaire).</p>
<p>Si nous devons construire un nouveau système de production sur d’autres rapports de production et sur une autre distribution des revenus, ce n’est pas seulement pour s’adapter aux nouvelles forces productives immatérielles, c’est aussi pour répondre aux contraintes matérielles écologiques nous obligeant à sortir du productivisme et à relocaliser l’économie. Il ne suffira pas d’une « décroissance » ni d’une « réduction du temps de travail » qui a perdu tout sens alors qu’il n’y a plus de séparation entre le travail et la vie. On réalise bien difficilement encore l’ampleur de la tâche, à quel point nous entrons dans une ère totalement nouvelle, l’ère de l’information, de l’écologie et du développement humain, qui s’oppose point par point à l’ère de l’énergie, de l’économie et du marché, comme la qualité s’oppose à la quantité. Tout est à reprendre, ce n’est pas aux marges qu’il faut s’ajuster, mais c’est le cœur de la production qui doit changer.</p>
<h3>Au-delà du revenu</h3>
<p>Les débats sur le droit au revenu s’égarent le plus souvent dans la morale et la métaphysique, ou la religion même, alors qu’il s’agit fondamentalement d’évolutions économiques et techniques ! La reconnaissance du fait qu’on ne peut plus se passer d’un droit au revenu ne suffit pas pour autant à définir un projet politique. Vouloir réunir ensemble tous ceux qui défendent un quelconque droit au revenu, qu’ils soient écologistes ou libéraux, n’aurait absolument aucun sens. Il ne s’agit même pas tant de définir les mots, d’opposer par exemple revenu garanti et revenu d’existence (ou revenu citoyen, etc.), mais de savoir dans quel projet de société il s’inscrit ! On verra dès lors qu’il n’y a rien de commun entre, d’un côté, un revenu d’existence universel mais dérisoire (ou impôt négatif), tel que défendu par certains libéraux, mince filet de protection dans une société de marché, permettant à peine de survivre, ce qui favorise les petits boulots sous-payés ainsi que la baisse des salaires, et puis, de l’autre côté, un « revenu garanti suffisant » permettant, comme l’a montré André Gorz, d’échapper au salariat, tout en poussant les salaires à la hausse, de passer du travail subi au travail choisi en subventionnant des activités autonomes qui ne sont pas immédiatement rentables (artisanat, services de proximité, agriculture bio, activités artistiques et créatives, logiciels libres, associations, politique, formation, etc.).</p>
<p>La déconnexion du revenu et du travail est sans doute ce qui apparaît le plus révolutionnaire, mais plutôt que de se focaliser sur la question du revenu il faut la replacer dans le système dont elle fait partie car, même s’il reste central, le revenu garanti n’est que l’un des aspects du basculement du monde que nous avons tant de difficultés à vivre. Si une alternative sans revenu garanti n’est pas viable, une alternative qui se réduirait à cette revendication serait une escroquerie, car l’essentiel est bien d’assurer une production alternative, non pas de vivre aux frais du capitalisme ni d’alléger seulement la misère. Loin d’être opposé au travail et voué à une société de loisirs, ce qui caractérise le revenu garanti, c’est au contraire d’être cumulable (dégressivement) avec un revenu d’activité servant d’incitation au travail autonome. Il faut insister sur ce point : c’est pour assurer la production, et une production que nous voulons plus écologique, qu’il y a besoin d’un revenu garanti. Ce pourquoi il faut élargir la question à l’organisation de la production et à sa relocalisation active.</p>
<p>Si le revenu garanti n’est qu’un élément d’une production alternative, il constitue malgré tout le nœud du problème. En effet, toutes les tentatives pour s’en passer, au nom du plein-emploi salarial, de la « valeur-travail », voire de l’autonomie ou même de la dignité de l’homme, ne font qu’aggraver dramatiquement le sort des plus précaires et mènent soit à la barbarie du travail forcé, soit à la barbarie de la misère. Il est vrai aussi que c’est le point où il rencontre la plus grande résistance idéologique, le plus grand obstacle à sa mise en place, car le revenu garanti oblige à changer toutes nos façons de penser : passage du travail contraint au travail autonome, d’un travail subordonné à un travail valorisant mais aussi de la sécurité sociale au développement humain, de l’économie à l’écologie ! On doit bien admettre que c’est une idée qui paraît folle, il n’y a pas de doute là-dessus, et qui ne serait pas concevable si le travail n’avait pas déjà changé du tout au tout. Elle ne s’imposerait pas de plus en plus, et sur tous les continents (en particulier à ceux qui ont étudié la question !) si ce n’était l’évolution de la production et l’extension de la précarité qui l’imposaient dans les faits de mille façons !</p>
<p>Il ne suffit pas de s’adapter aux transformations du travail, pourtant, il y a aussi la nécessite impérative de sortir d’un productivisme insoutenable, ce qui veut dire sortir du capitalisme salarial. Contrairement à ce qu’on s’imagine, ce n’est pas par la consommation (sa retenue, son discernement, son éthique équitable) qu’on pourra réduire en quoi que ce soit une croissance et un productivisme qui sont inséparables du système de production capitaliste. En effet, le capitalisme, c’est l’investissement technique pour augmenter la productivité, réduire le temps de travail, afin de dégager une plus-value sur le temps payé, et produire de l’argent avec de l’argent par l’intermédiaire du travail salarié. Le salariat, le capitalisme et le productivisme, c’est la même chose (ce que Marx disait déjà dès 1848 dans <em>Travail salarié et Capital</em>). Si le travailleur est obligé de louer sa force de travail au capitaliste, c’est à l’origine parce qu’il est dépourvu de toute ressource et de moyens de production. Ce n’est plus tout à fait vrai depuis « l’ordinateur personnel » qui est un outil universel. Il ne manque que la garantie du revenu pour échapper à la dépendance salariale.</p>
<p>D’un point de vue écologiste, la question n’est donc pas seulement de savoir si un revenu garanti serait viable et souhaitable dans le cadre actuel, mais bien d’insister sur son caractère révolutionnaire dès lors qu’il permet de sortir du salariat productiviste et de l’absurde dépendance entre travail et consommation. Il s’agit effectivement de sortir d’une véritable toxicomanie de la société de consommation dopée à la croissance et qui ne peut s’en passer sans sombrer dans une surproduction dépressive ! Tout cela, en assurant une production alternative, c’est-à-dire la réorientation de l’économie vers l’immatériel, le développement humain et les échanges locaux.<br />
Cela ne se fera pas tout seul. Il faut disposer pour cela d’un système complet basé sur une toute autre logique productive, d’autres moyens de production, d’autres circuits, et donc compléter le revenu garanti par des coopératives municipales et des monnaies locales, constituant les trois piliers d’une alternative écologiste à l’ère du numérique et des réseaux mondialisés.</p>
<h3>Produire autrement</h3>
<p>Pour consommer autrement, il faut produire autrement et d’abord localement ! Pour favoriser la production locale et les échanges locaux, on ne peut se passer de moyens de production locaux (l’équivalent des « communs » d’antan), et donc de structures locales, si possible autogérées. La relocalisation ne peut pas s’imposer d’en haut ! Bien sûr, le niveau adopté peut se discuter, le niveau municipal étant le plus pertinent dans les villes moyennes, avec l’avantage de correspondre à des structures démocratiques ; ailleurs on peut préférer des « régies de quartier » ou l’étendre au « bassin d’emploi ». En tout cas, la fonction de ces « coopératives municipales » (ou autres) serait de constituer des centres de ressources et des lieux d’échange, destinés au soutien de la production locale et des activités autonomes, au développement de la coopération entre les participants tout comme à la valorisation des compétences disponibles. Il s’agit non seulement d’organiser les échanges locaux mais aussi de fournir tous les moyens du développement humain (assistance et formation).</p>
<p>Certains contestent la nécessité d’une telle organisation politique, qu’ils perçoivent comme une menace, ce qui certes n’a rien d’impossible. Il faut rester vigilant, mais si l’on veut assurer une production effective, il ne suffit pas de « laisser-faire » il faut bien s’organiser comme dans toute entreprise ! On ne peut se fier religieusement à l’auto-organisation des producteurs mais, en fait, c’est surtout une question de moyens. Le caractère municipal de ces coopératives permet à la fois de garantir leur pérennité, de sortir de la pression du marché concurrentiel auquel les coopératives ordinaires ne peuvent échapper, et d’avoir une gestion politique, dans une démocratie de face à face chère à Murray Bookchin (mort le 30 juillet 2006 et qui est à l’origine de ce concept de « coopératives municipales » et du « municipalisme libertaire »).</p>
<p>Rien à voir, bien sûr, avec les « ateliers nationaux » de triste mémoire, ni avec un contrôle des populations, encore moins avec le travail forcé alors que ce devrait être au contraire l’instrument du développement humain et du travail autonome, offrant une alternative à la dépendance salariale. C’est la garantie du revenu qui fait ici toute la différence, conformément aux exigences de l’ère de l’information, mais cela n’empêche pas que l’objectif n’est pas seulement le développement humain, c’est aussi d’assurer une production locale effective, y compris immatérielle, basée sur la coopération et réduisant d’autant la part des consommations matérielles, du marché concurrentiel et du productivisme.</p>
<p>L’important, c’est de ne pas laisser les individus seuls face au marché, sous prétexte qu’ils auraient un revenu garanti comme solde de tout compte, mais d’offrir un soutien individuel (par d’autres coopérateurs), faciliter les collaborations et les échanges, faire jouer des synergies et fournir enfin les moyens de l’autonomie : pas seulement un revenu minimum mais tous les supports sociaux de l’individu ! L’important, c’est la construction collective de l’autonomie individuelle et l’organisation de la solidarité sociale, c’est de « faire » société. Il y a de bonnes raisons d’adopter pour cela une structure municipale « politisée » mais l’essentiel c’est de fournir un cadre pour les échanges locaux, pour la valorisation des compétences disponibles et le soutien des activités autonomes.<br />
Les coopératives municipales, comme moyens de production et réseau de compétences se positionnant en alternative aux entreprises capitalistes et au salariat, ont besoin d’un revenu garanti pour passer du travail subi au travail choisi mais elles sont reliées tout autant aux monnaies locales favorisant l’économie de proximité, sur le modèle des SEL, « Systèmes d’échanges locaux » qui ont constitué, à leur petite échelle, les premières expérimentations de ce mouvement de relocalisation de l’économie en réponse à la globalisation marchande.</p>
<h3>La relocalisation de l’économie</h3>
<p>La relocalisation peut se faire par des contrats entre consommateurs et producteurs locaux (comme les AMAP) ou par des associations, mais c’est tout de même assez limité et des monnaies locales seraient bien plus utiles pour dynamiser les échanges locaux et privilégier les circuits courts. Il y en a plusieurs types : le plus simple à mettre en place, c’est le « Time Dollar<em> </em> », ou échange de temps, qui a un intérêt certain, entre autres dans la sphère domestique, ainsi qu’une valeur militante de contestation pour certaines hiérarchies de salaire illégitimes, mais ce n’est pas généralisable (car ne tenant pas compte des différences de qualification ni surtout du fait que le travail immatériel ou le « travail virtuose » ne se mesurent plus par le temps passé). Une monnaie locale peut être considérée comme une monnaie « interne », créée par une association ou une municipalité pour servir dans les échanges locaux de biens et services (sur le modèle des SEL). Ce sont en général des monnaies théoriquement « non convertibles » et « fondantes », c’est-à-dire qu’elles perdent leur valeur avec le temps (tout comme les tickets restaurant ou les bons de réduction des grandes surfaces, qui sont des monnaies à validité limitée) et ne peuvent donc se thésauriser.</p>
<p>Il y a bien d’autres monnaies alternatives qui peuvent cohabiter, comme les « monnaies virtuelles » qui se multiplient au-delà des jeux de masse multijoueurs (<em>MMG : </em>Massively Multiplayer Games) et sont par contre complètement délocalisées. Des « monnaies solidaires » (comme le SOL) pourraient tirer utilement parti de ces monnaies numériques, y compris dans les échanges internationaux, entre altermondialistes par exemple, ou pour un véritable « commerce équitable », reliant ainsi le local avec le global. On est loin, en tout cas, d’une « monnaie unique » comme on pourrait le croire ! Il faut dire que pour l’instant ces différentes monnaies s’ignorent et interagissent peu mais avec la généralisation de monnaies plurielles (Jacques Robin), des bourses de conversion seront sûrement nécessaires, la conversion d’une monnaie dans une autre devant rester coûteuse : ni trop facile, sous peine de perdre sa spécificité, ni trop rigide, sous peine de n’être plus acceptée en paiement.</p>
<p>Certains voudraient supprimer l’argent. Ce n’est pas du tout le chemin emprunté ici car, s’il faut étendre le domaine de la gratuité, notamment pour tout le numérique et l’immatériel, fondamentalement, l’argent, c’est ce qui remplace l’énergie à l’ère de l’information comme équivalent général. En effet, l’énergie, c’est ce qui se transforme en autre chose, en travail en particulier. Et l’argent est ce qui fournit les ressources, manifeste leur caractère social, élevant le singulier à l’universel. Sa prétention à tout quantifier est certes toujours contestable, bien qu’indispensable à la circulation, mais l’argent est avant tout un signe (monétaire), signe de reconnaissance sociale et système d’information dont on ne peut se passer.</p>
<p>C’est d’ailleurs ce qui fait – propriété remarquable et pas assez soulignée du monde de l’information – que sa croissance est strictement limitée. Il n’y a pas de véritable croissance de la valeur monétaire car toute inflation monétaire diminue sa valeur effective, son pouvoir d’achat. L’inflation constitue donc une sorte de taxe sur les dettes, le passé et l’argent qui dort – ce qui est d’ailleurs très utile car une inflation raisonnable encourage l’activité, contrairement au dogme central de l’euro ! <em>A contrario</em>, une grande partie du chômage est dit « keynésien », c’est-à-dire conséquence d’un manque de liquidités pour financer des emplois, en général à cause de la lutte contre l’inflation (et d’un manque de politique keynésienne justement !). C’est notamment le cas dans la zone euro, mais on a pu voir aussi que la crise monétaire en Argentine avait pu bloquer l’activité économique et provoquer immédiatement un chômage de masse. Tout cela pour dire que les monnaies locales peuvent effectivement réduire le chômage dans ces périodes dépressives mais qu’elles peuvent aussi créer de l’inflation, exigeant une gestion politique fine, comme toute monnaie, car les marges sont relativement faibles, même si elles sont loin d’être négligeables.</p>
<p>Malgré tout, le rôle premier des monnaies locales, c’est avant tout de permettre une relocalisation de l’économie en favorisant les échanges locaux sans devoir ériger pour cela de nouvelles frontières ni se fermer au marché concurrentiel, ni arrêter la construction européenne. Il ne faut pas se cacher pourtant qu’un des avantages décisifs des monnaies locales, en plus de fournir des ressources nouvelles pour valoriser la production locale, c’est de permettre aussi d’échapper à certaines taxes comme la TVA, ce qui fausse effectivement la concurrence au profit des prestations locales (la TVA devenant une sorte de droit de douane local).</p>
<p>Il faudra bien des expérimentations et des ajustements, sans doute, pour que ce système soit viable et se généralise. En tout cas, malgré le caractère exotique de ce genre de propositions, surtout après l’unification monétaire européenne et la tentative de constitutionnalisation d’une « concurrence libre et non faussée », il semble bien qu’à l’avenir on pourra difficilement se passer de monnaies locales, étant donné l’intérêt écologique de favoriser les circuits courts et de préserver le tissu social.</p>
<p>Certes, le développement du travail autonome ne concerne pas tous les secteurs de l’économie, comme l’industrie qui reste importante (et qui ne disparaîtra pas plus que l’agriculture n’a disparu), mais c’est très certainement notre avenir (si ce n’est déjà notre présent, pour beaucoup). Dans ce contexte, revenu garanti, coopératives municipales et monnaies locales dessinent une alternative possible, très éloignée des modèles antérieurs mais tournée vers le futur et que nous pourrions commencer à construire localement dès à présent, chacun à sa manière et sans attendre un hypothétique grand soir. Certes, l’absence de revenu garanti risque de se faire cruellement sentir et sera bien difficile à compenser localement. C’est pour cela qu’il devrait constituer notre revendication prioritaire au niveau national, voire européen.</p>
</div>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.les-oc.info/?feed=rss2&amp;p=620</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>1- Quelle différence entre Décroissance et Objection de croissance ?</title>
		<link>http://www.les-oc.info/?p=530</link>
		<comments>http://www.les-oc.info/?p=530#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 13 Aug 2010 16:50:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Lepesant</dc:creator>
				<category><![CDATA[Foire aux questions]]></category>
		<category><![CDATA[Objection de croissance]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.les-oc.info/?p=530</guid>
		<description><![CDATA[– A première vue, il n’y aurait là qu’une querelle de mots qui aurait due être depuis longtemps tranchée entre, d’un côté, l’élégance d’une expression-référence à la résistance des « objecteurs de conscience » et de l’autre un mot malheureux tant par son préfixe – « dé- » aurait une connotation seulement négative – <a href='http://www.les-oc.info/?p=530'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>– A première vue, il n’y aurait là qu’une querelle de mots qui aurait due être depuis longtemps tranchée entre, d’un côté, l’élégance d’une expression-référence à la résistance des « objecteurs de conscience » et de l’autre un mot malheureux tant par son préfixe – « dé- » aurait une connotation seulement négative – que par sa racine – on en resterait encore à une définition-révérence par rapport à la « croissance ».</p>
<p>– Répondons d’abord qu’il y a de très beaux mots – et de très belles pratiques associées – qui commencent par ce préfixe : par exemple, je préfère « débattre » que me « battre ».</p>
<p>– Et même dans le négatif du « dé- » de décroissance, il y a l’idée que les décroissants savent plus facilement ce qu’il ne faudrait pas faire  que ce qu’il faudrait faire. Et en effet, nous savons quel monde nous ne voulons pas/plus ; pour autant, pour les mondes que nous voulons, les expérimentations et les discussion sont ouvertes…</p>
<p>– Continuons en répondant à ceux qui jugent que le mot n’est ni « séduisant » ni « attractif » que le but des « décroissants » n’est peut-être ni la séduction ni l’attraction.</p>
<p>– Quant à lui ajouter un qualificatif « soutenable », « sereine », « conviviale », il n’y a là en fait qu’une astuce qui ne fait que reculer d’un pas la question. Car une fois ces adjectifs validés, il faut bien en venir à se demander à quoi ils se rapportent, bref reposer la question de la décroissance en tant que telle.</p>
<p>– C’est vers 1970, quand l’empreinte écologique tenait encore sur une seule planète, qu’il aurait peut-être été pertinent de refuser le terme de « décroissance ». Mais aujourd’hui les seuils sont largement dépassés et la question qu’il faut se poser, c’est bien celle de la transition vers une société dans laquelle il redeviendra possible de seulement objecter à la croissance. Si les « décroissants » veulent un retour en arrière, c’est celui-là : retrouver une époque où il redeviendra sensé d’objecter.</p>
<p>– En attendant, il faut bien poser la question qui fâche : celle de la transition vers une société socialement juste, écologiquement responsable, humainement décente, politiquement démocratique. A condition que cette « transition » soit « volontaire », elle est la « décroissance ».</p>
<p>– Au niveau mondial, la décroissance signifie très clairement une réduction de l’empreinte écologique totale (l’empreinte carbone incluse).</p>
<p>– Dans les pays dits « riches », où l’empreinte écologique par personne est supérieure au niveau mondial acceptable, la décroissance signifie pour les plus riches une décroissance de leurs revenus, de leur niveau de vie…</p>
<p>– Et partout où domine la pauvreté, la décroissance signifie une décroissance des inégalités. Rien qu’en « étêtant » les plus hauts revenus, il y a déjà largement de quoi assurer un revenu décent à tous.</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-</p>
<p>Sur cette question du mot de &laquo;&nbsp;décroissance&nbsp;&raquo;, on peut lire, dans la revue permanente du MAUSS :</p>
<ul>
<li><a href="http://www.journaldumauss.net/spip.php?auteur197">Alain Beitone et Marion Navarro</a>, « Décroissance : le poids des mots, le choc des idées (1) », <em>Revue du MAUSS permanente</em>, 8 octobre 2009 [en ligne]. <a href="http://www.journaldumauss.net/spip.php?article555">http://www.journaldumauss.net/spip.php?article555</a></li>
<li>La réponse de Patrice Flipo : « Décroissance : le poids des mots, le choc des idées (2) », <em>Revue du MAUSS permanente</em>, 8 octobre 2009 [en ligne]. <a href="http://www.journaldumauss.net/spip.php?article557">http://www.journaldumauss.net/spip.php?article557</a></li>
<li>La réponse de Serge Latouche : « La Gauche peut-elle sortir de l’économie ? À propos de « Décroissance : le poids des mots, le choc des idées » (3) », <em>Revue du MAUSS permanente</em>, 8 octobre 2009 [en ligne]. <a href="http://www.journaldumauss.net/spip.php?article558">http://www.journaldumauss.net/spip.php?article558</a></li>
</ul>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.les-oc.info/?feed=rss2&amp;p=530</wfw:commentRss>
		<slash:comments>3</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>2- L’opposition croissance/décroissance est-elle un raccourci simplificateur ?</title>
		<link>http://www.les-oc.info/?p=525</link>
		<comments>http://www.les-oc.info/?p=525#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 13 Aug 2010 16:45:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Lepesant</dc:creator>
				<category><![CDATA[Foire aux questions]]></category>
		<category><![CDATA[Décoloniser]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.les-oc.info/?p=525</guid>
		<description><![CDATA[– Dans un premier temps, ne faut-il pas assumer cette « simplification » ? Oui, les O.C. désirent s’émanciper des illusions et des aliénations de la religion de la Croissance. Manière de ne pas distinguer entre économie, écologie, social, politique, humain : car, il serait bien « abstrait » de laisser croire que l’imaginaire de la <a href='http://www.les-oc.info/?p=525'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>– Dans un premier temps, ne faut-il pas assumer cette « simplification » ? Oui, les O.C. désirent s’émanciper des illusions et des aliénations de la religion de la Croissance. Manière de ne pas distinguer entre économie, écologie, social, politique, humain : car, il serait bien « abstrait » de laisser croire que l’imaginaire de la croissance qui serait à dénoncer en économie devrait être ménagé et développé dès qu’il s’agirait du social. Concrètement, le « paradigme de la décroissance » ne peut pas être découpé en tranches.</p>
<p>– Maintenant la « simplification » résulte trop souvent d’une caricature : en dénonçant une croissance infinie, les O.C. ne s’apercevraient pas qu’ils risquent de prôner une décroissance vers le zéro. Pour les O.C., la décroissance c’est d’abord la décroissance des inégalités socio-économiques et de l’empreinte écologique. Or sur ces deux points, il faut une certaine mauvaise foi pour laisser croire que les O.C. seraient des « bisounours » qui rêveraient d’une société à l’empreinte écologique nulle et aux inégalités (économiques, sociales, culturelles) nulles. Une telle société serait une société sans humains. Les O.C. ne sont pas coupés du principe de réalité.</p>
<p>– Par delà ces simplifications, il n’empêche que la Décroissance peut bien apparaître aujourd’hui comme ce spectre qui va hanter le XXIe siècle. Autrement dit, si l’on veut conserver un sens au projet politique de « décoloniser notre imaginaire », il faut oser assumer la transformation radicale que porte le projet politique de l’objection de croissance.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.les-oc.info/?feed=rss2&amp;p=525</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>3- Les objecteurs de croissance (O.C.) sont-ils de gauche ?</title>
		<link>http://www.les-oc.info/?p=512</link>
		<comments>http://www.les-oc.info/?p=512#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 13 Aug 2010 16:40:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Lepesant</dc:creator>
				<category><![CDATA[Foire aux questions]]></category>
		<category><![CDATA[Droite]]></category>
		<category><![CDATA[Gauche de gauche]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.les-oc.info/?p=512</guid>
		<description><![CDATA[– Historiquement, les O.C. le 11 septembre 1789 se seraient rangés à gauche du président de séance de l’Assemblée nationale pour refuser d’accorder au roi un droit de veto absolu sur les lois. – Economiquement et socialement, nous nous posons les mêmes problèmes que ceux que la gauche devrait se <a href='http://www.les-oc.info/?p=512'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>– <strong>Historiquement</strong>, les O.C. le 11 septembre 1789 se seraient rangés à gauche du président de séance de l’Assemblée nationale pour refuser d’accorder au roi un droit de veto absolu sur les lois.</p>
<p>– <strong>Economiquement et socialement</strong>, nous nous posons les mêmes problèmes que ceux que la gauche devrait se poser. Et comme nous considérons que la politique est le lieu où nous devrions décider ensemble de nos décisions, nous défendons un volontarisme politique ; par exemple, aucune injustice sociale n’est « naturelle » et par conséquent la justice sociale non plus n’est pas naturelle mais est affaire de volonté.</p>
<p>– Mais nous ne sommes pas/plus dans le même paradigme que « La Gauche » : à cause de notre <strong>antiproductivisme</strong>, de notre <strong>antilibéralisme</strong> (même si nous savons distinguer entre un libéralisme philosophique et un libéralisme idéologique), de notre <strong>anti-utilitarisme</strong> (nous ne réduisons pas l’intérêt à l’intérêt économique), de notre <strong>anticonsumérisme</strong>.</p>
<p>– Au début du XXe siècle, le philosophe Alain raconte que s’il rencontre quelqu’un qui « ne fait pas de politique » alors il ne peut s’empêcher de penser : « voilà quelqu’un qui n’est pas de gauche ». Eh bien, les O.C. font de la politique et chacun peut en déduire : « voilà des gens qui ne sont pas de droite ! »</p>
<p>– Il est vrai qu’il existe <strong>une décroissance de droite</strong> défendue en France par Alain de Benoist. D’une part, y a-t-il une doctrine de gauche qui n’aurait pas sa variante de droite ? Le socialisme a pu être « national », l&#8217;écologie peut être &laquo;&nbsp;terrienne&nbsp;&raquo; et il existe toujours un anarchisme de droite. L’existence d’une version de droite de la décroissance est juste une preuve que la Décroissance est bien un « paradigme ». D’autre part, la Décroissance aurait tout intérêt à identifier clairement toute une série de thèmes en les classant « à droite » : l’approche néo-malthusienne de la question démographique, l’approche « terrienne » de la question du territoire, la confusion de la question des identités avec celle de la relocalisation, la confusion de la question des héritages avec celle des traditionnalismes, etc. Et enfin, il existe toute une série de valeurs sur lesquels aucune confusion n’est ni possible ni souhaitable : la démocratie, l’égalité, la justice, la décence, la paix, etc.</p>
<p><span id="_marker"> </span></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.les-oc.info/?feed=rss2&amp;p=512</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>4- Les O.C. se préoccupent-ils assez de la question sociale ?</title>
		<link>http://www.les-oc.info/?p=544</link>
		<comments>http://www.les-oc.info/?p=544#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 13 Aug 2010 16:35:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Lepesant</dc:creator>
				<category><![CDATA[Foire aux questions]]></category>
		<category><![CDATA[Social]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.les-oc.info/?p=544</guid>
		<description><![CDATA[– Si « se préoccuper assez de la question sociale » c’est ne se préoccuper que de la question sociale, alors les O.C. acceptent ce reproche. Mais dans ce cas, que cette réponse nous donne droit à poser sans tarder d’autres questions ; que ceux qui nous font ce reproche se demandent s’ils <a href='http://www.les-oc.info/?p=544'>[...]</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>– Si « se préoccuper assez de la question sociale » c’est ne se préoccuper que de la question sociale, alors les O.C. acceptent ce reproche. Mais dans ce cas, que cette réponse nous donne droit à poser sans tarder d’autres questions ; que ceux qui nous font ce reproche se demandent s’ils se préoccupent assez de la question écologique, de la question démocratique, de la question anthropologique. Et quand ils répondront en liant toutes ces questions, nous serons ravis de constater que nous pouvions éviter de nous faire de tels mauvais reproches.</p>
<p>– D’autant que la question sociale est au cœur de nos propositions ; ainsi nous ne nous contentons pas de demander une revenu inconditionnel, nous l’associons sans hésiter à une revenu maximum.</p>
<p>– D’autant que l’effet de masse critique résulte de la conjugaison des forces des initiatives concrètes et des contre-pouvoirs dans les luttes sociales.</p>
<p>– Une alternative concrète coupée de sa dimension « mouvement social » a tous les risques de s’enfermer dans la « communauté terrible », le « quant-à-soi, le système d’enfermement local. C’est pourquoi les « alternatives concrètes » doivent « faire réseau » (et entamer sans délai une critique de cet outil-réseau pour en faire un usage « convivial » (I. Illich).</p>
<p>– Encore un exemple, celui de la gratuité : on peut caricaturer et sous-entendre qu’une telle proposition prouve juste la crasse ignorance des O.C. quant aux dimensions sociales et économiques d’une telle revendication. Mais les O.C. n’ignorent pas que la gratuité (en aval, pour l’usager) a un coût « en amont ». Et que cette « gratuité » résulte bien d’une « collecte » quand elle consiste en une gratuité monétaire (ce qui ne veut pas dire que nous confondons toutes les fonctions de la monnaie : pour évaluer, pour échanger, pour capitaliser). Mais cette gratuité peut d’abord être un droit d’usage gratuit, c’est à dire une mise à disposition gratuite de biens premiers à condition que leur usage soit une condition de l’émancipation (par exemple, un droit souverain à disposer d’une terre pour la cultiver, à condition d’en faire un « bon usage »).</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.les-oc.info/?feed=rss2&amp;p=544</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
	</channel>
</rss>
