Août 152014
 

A l’heure où l’AIE et le GIEC reconnaissent que l’augmentation des gaz à effet de serre est essentiellement d’origine anthropique et que les changements climatiques qui en résultent mécaniquement seront catastrophiques pour l’humanité toute entière, si l’on continue dans cette voie (+6°C prévus d’ici la fin du siècle), la loi de programmation pour la transition énergétique, très loin d’être à la hauteur des enjeux est un bien mauvais signal à un an de la COP 21 qui se déroulera en France en 2015.

Ne nous faisons aucune illusion, il ne peut y avoir de réelle transition énergétique que si nous diminuons drastiquement nos consommations d’énergie, autrement dit si nous sortons du productivisme et du consumérisme dans lesquels nous sommes engagés.

Ni la poursuite du techno-scientisme avec son lot de projets plus fous les uns que les autres allant de la géo-ingénierie à l’enfouissement profond des déchets nucléaires ou à l’EPR de Flamanville, ni la troisième révolution industrielle où les villes et les objets intelligents peupleraient notre quotidien ne sont des solutions à la crise climatique.

Malgré l’urgence climatique les lobbies de l’énergie s’acharnent à nous imposer une production croissante : le pic de pétrole leur a permis de justifier la ruée vers les énergies fossiles non conventionnelles, dont l’extraction est très polluante, la fermeture des centrales nucléaires les plus dangereuses n’est toujours pas à l’ordre du jour  et voilà maintenant que le lobby du nucléaire se lance dans l’installation tous azimuts d’éoliennes et autres panneaux photovoltaïques et lignes THT associées avec comme corollaire, un réseau toujours plus centralisé.

Alors que l’épuisement des ressources naturelles devrait nous interdire cette ébriété énergétique, il n’y a aucun sens à continuer dans cette voie sinon celui de la spéculation et de l’enrichissement croissant des actionnaires de ces entreprises.

Changer complètement de paradigme et s’orienter vers un modèle de société réellement soutenable du point de vue écologique et plus juste socialement  devrait être un défi collectif enthousiasmant : laissons place à l’imagination et à  l’expérimentation.

 

Nous sommes à la croisée des chemins et nous devons faire des choix : consommer une génération de téléphone portable tous les six mois, aller toujours plus vite  ou nous appliquer à redéfinir nos productions industrielles par rapport à nos besoins fondamentaux (lutter contre l’obsolescence programmée et la publicité) ce qui nous permettrait de travailler moins et de regagner ainsi des parts de nos vies, de notre temps et de notre implication dans la vie de la cité, mais surtout de limiter notre empreinte en terme d’énergie et de ressources naturelles.

 

Relocaliser, autant que faire ce peut, nos productions industrielles comme agricoles à la fois pour reprendre le contrôle de ce que nous produisons et pour limiter le gaspillage d’énergie que nécessite les crevettes péchées à … et épluchées à … et revendues dans nos supermarchés ou les tomates espagnoles vendues aux Pays-Bas alors que les tomates hollandaises se vendent en France : ce grand déménagement planétaire quotidien est un modèle dépassé et ne sert que des profits privés.

 

Sortir l’agriculture de sa dépendance aux énergies fossiles à la fois par l’utilisation intempestive d’engrais et de produits chimiques (pesticides….) et par la taille toujours plus importante des exploitations agricoles qui éloigne les terres de leurs exploitants. Pourtant, favoriser de petites unités de productions de qualité, proches des lieux de distribution serait plus convivial, moins gourmand en énergie et porteur d’emplois.

Préserver nos terres agricoles : elles ne doivent pas servir à produire d’agro-carburants et ne pas céder à la tentation d’énormes usines à vaches qui cachent un méthaniseur associé (usine mille vaches).

 

Les villes continuent de s’étaler et grignotent encore les terres agricoles. Les quartiers se spécialisent, les grandes zones commerciales fleurissent à la périphérie des villes, et la spéculation immobilière rejette toujours plus loin les habitants les plus pauvres. Cette organisation urbaine contraint à toujours plus de déplacements. Une ville, centrée sur la vie des quartiers, avec de petits commerces, des artisans, des habitats partagés  et des jardins collectifs  et entourée d’une ceinture verte  est moins énergivore.

Développer les transports doux et les transports collectifs à l’intérieur des villes comme entre les villes est une nécessité ; continuer à construire aéroports et  autoroutes est un non-sens voire une escroquerie quand on met en avant la transition énergétique.

 

Il y a encore bien des sources d’économies d’énergie accessibles par exemple dans l’habitat (isoler les bâtiments anciens, bannir le chauffage électrique, ect…). Le but n’est pas de faire un catalogue exhaustif mais de montrer que d’autres choix de sociétés sont possibles, plus soutenables, plus conviviaux, plus équitables, plus sobre en énergie.

 

Imaginer des modes de vie beaucoup plus sobres est un préalable à une réelle transition énergétique. A cette condition nous pourrons sortir du nucléaire au lieu de construire ITER et EPR et diminuer efficacement nos consommations d’énergies fossiles au lieu de continuer dans un extractivisme forcené avec son cortège de dégâts sociaux et environnementaux ici et ailleurs (ni pétrole ni uranium chez nous…).

Mais surtout, il faut s’orienter vers des productions locales d’énergie adaptées aux ressources de chaque territoire et aux besoins réelles des populations. Un réseau centralisé avec des productions énormes est source de rendement faible (pertes en lignes) et de la perte de contrôle des habitants, laissant place à toutes les dérives imposées par les hyper-entreprises ; le meilleur exemple actuellement est celui de l’éolien :  entre de petites unités alimentant un village ou une ferme et des grands champs d’éoliennes qui fleurissent dans nos campagnes et bientôt en mer, ne servant qu’à augmenter la quantité d’électricité produite par le gang du nucléaire (EDF, Aréva, RTE)… ont-ils oublié que le pic des métaux ?

Se tourner vers les énergies renouvelables ne sera salutaire que si nous respectons un mix dans la production, soigneusement adapté à chaque endroit : de l’éolien, du photovoltaïque, de l’hydro- électricité, du bois, de la méthanisation, de la méthanation… il y a des solutions.

Laissons les populations expérimenter, sortons la recherche des griffes des lobbies et nous verrons naître de réelles alternatives qui laisseront un futur possible aux générations qui suivent.

Christine Poilly

  4 commentaires à “La transition énergétique, par Christine Poilly”

  1. « Imaginer des modes de vie beaucoup plus sobres est un préalable à une réelle transition énergétique. A cette condition nous pourrons sortir du nucléaire au lieu de construire ITER et EPR ».
    Il n’est pas question d’attendre que la majorité déserte les Carrefours et autres Leclercs pour s’atteler à la tâche d’arrêter le nucléaire, ce qui relève d’une URGENCE ABSOLUE. La sobriété énergétique n’est ainsi aucunement un
    PREALABLE à l’exigence morale que constitue l’arrêt immédiatement, INCONDITIONNELLEMENT, et définitivement du nucléaire. Ce qui n’empêche aucunement de réfléchir à comment faire passer le message de la décroissance.
    Isabelle Taitt
    Collectif Antinucléaire 13
    Coordination Stop-Nucléaire

  2. bonjour
    Je suis parfaitement en accord avec vous, sortir du nucléaire est une urgence absolue et bien sur qu’il faut dès maintenant s’engager dans un processus de fermeture des centrales les plus problématiques.
    Mais… le temps que l’on continuera à consommer autant d’électricité, sortir complètement du nucléaire restera tragiquement, un voeu pieux, parce qu’il est impossible de produire autant d’électricité avec les moyens actuellement à notre disposition, en tenant compte de la nécessité de sortir des énergies fossiles qui plombent nos émissions de gaz à effets de serre.

    • Bonjour,

      1 – L’enjeu n’est pas de « fermer les centrales les plus problématiques » car elle le sont toutes, et les accidents nucléaires ont eu lieu sur des centrales très jeunes à Three Mile Island et à Chernobyl, sauf à Fukushima où les centrales étaient plus vieilles. C’est toutes les centrales qu’il faut fermer et immédiatement. L’enjeu est de savoir si l’on tolère ou non le nucléaire, la ligne de front est là…

      2 – Car elles sont problématiques à cause de la radioactivité qu’elles rejettent d’ores et déjà et légalement et si on peut arrêter d’émettre des GES (plus que la biosphère peut en absorber) on ne peut pas arreter la nocivité radioactive, une fois émise on l’a pour parfois 482 000 ans comme pour le plutonium 239. Elles le sont aussi parce que le nucléaire est « incontrolable ».

      3- De façon générale il faut aussi tenir compte de la « CONDITION NUCLEAIRE » (voir JJ Delfour) que tu n’évoques pas. Tu parles bien de la relocalisation mais peut-on relocaliser sans tenir compte des « etres radioactifs' » (la radioactivité due aux essais des bombes et aux rejets des centrales plus les accidents, etc…) qui ont envahi et dominent le monde ?

      4 – Ce qui est étonnant dans ton texte c’est qu’on a l’impression que tout est controlable, il suffirait juste de relocaliser, que les populations se mobilisent etc…or, il y a de moins en moins de choses controlables : la mega machine technicienne, le nucléaire, le climat etc….il faut donc insister sur le fait que les responsables ne controlent plus rien et que l’humanité est en train d’être débordée….et que l’enjeu n’est pas de controler mais d’avoir un monde habitable que l’on ne soit pas obligé de controler… un monde qui s’auto-gère…..il y aurait des problèmes avec des solutions, ceux des technofous et les notres, c’est plus compliqué….mais ça n’empeche pas de faire des propositions pour sortir de la folie technicienne qui espère tout controler….

      5 -Car il reste l’absence de stratégie, pour détricoter le système : on peut arrêter le nucléaire, réduire peu la production d’électricité et en même temps réduire les ges, mais ça demande à « taper » sur les voitures, les avions et l’agriculture productiviste et là on se heurte à la population productiviste justement et incapable d’imaginer qu’on puisse vivre sans voiture, ni sans tracteurs…..c’est tout l’enjeu de la relocalisation que de modifier cet imaginaire….

      Merci pour ce texte.

      Amicalement

      A plus
      j-luc pasquinet

  3. bonjour Jean Luc
    merci pour ton commentaire.
    je suis parfaitement en accord avec tes arguments.
    Mais je n’ai jamais dit qu’il suffisait de relocaliser. Si l’homme avait une baguette magique, il pourrait faire un pas de côté et imaginer un autre chemin pour l’humanité mais hélas, de baguette magique nous n’avons point. Mais nous avons le devoir de faire des choix, avec les imperfections qui sont liés aux chemins que nous ont imposés cette économie financiarisée, globalisée, nucléo-truc
    Mais que proposes-tu ? Ne me dis pas sortir du nucléaire car là, nous sommes bien d’accord mais ce n’est pas une réponse à la question posée.

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