Nov 072013
 

Nous publions ce texte d’Albano Cordeiro, adhérent de la FASE, dans la mesure où il nous semble que les tensions internes au sein du FdG, quand elles peuvent s’exprimer, ont pour perspective la possibilité d’une recomposition à gauche de la gauche autour d’un front anti-productiviste. Le MOC reste sur cette perspective d’une convergence anti-productiviste, en cohérence avec notre Appel.

http://albanocordeiro.wordpress.com/2013/11/05/la-crise-du-front-de-gauche-la-clarification-et-les-nouvelles-perspectives/

La résolution du PCF-Paris de faire liste commune avec le PS aux prochaines élections municipales dans la capitale, a provoqué différentes réactions au sein des autres composantes du Front de Gauche.

Je dirais d’abord qu’il ne s’agît pas d’une trahison, mais plutôt d’une cohérence avec ses objectifs de résistance à sa déchéance annoncée, en tant qu’appareil (mini-appareil au vu du passé). Résistance à la fois  pour continuer à accéder aux moyens de mener sa politique (subventions publiques et  élus pourvoyant autres moyens dont monétaires), et pour sauvegarder sa propre identité. Pour atteindre ce double objectif, en cas d’élections locales, le PCF est amené à faire des alliances,  tantôt à sa droite, tantôt à sa gauche.

Cette stratégie tacticienne du PCF peut marcher à condition de ne pas entretenir une alliance structurelle avec l’une des parties. Or le PCF intégrait le Front de Gauche. Dans le cadre de la stratégie tacticienne indiquée, cela est une aberration. Le passage à l’acte était prévisible puisque le PCF ne l’excluait pas.

Ceci d’ailleurs désigne un autre « responsable » de la situation : les composantes du Front de Gauche qui, malgré la stratégie « autonome » affichée du PCF par rapport à celle que les autres composantes du FdG pourraient définir, estimaient que  le PCF avait sa place au FdG. Cette position  était -certes- un pari risqué pour ceux-celles qui connaissent les pratiques de la direction du PCF, mais en même temps elle était compréhensible, dans la mesure où l’on pouvait toujours dire que « les choses ne sont pas si figées que ça », « n’insultons pas l’avenir », …

Pourtant, depuis avant même le crash de Marie-Georges Buffet aux présidentielles 2007 (1,93%), le PCF a montré une vocation à devenir un PRGbis. Un parti qui ratisse des électeurs qui se reconnaissent comme étant de « gauche », mais, pour des raisons d’identité (d’origine), rechignent à voter pour le parti dominant dans l’aire politico-électorale appelée « gauche », tout en apportant des élus (quelques élus) soutenant le parti en question (1)Michel Lepesant (AlterGauche26) a exprimé une vision un peu différente : «Pendant des années, on a connu l’hésitation pour savoir s’il fallait changer le PCF de l’intérieur ou de l’extérieur. Le FdG a inventé un schmilblic : nous faire croire qu’on pouvait tenter de changer le PCF de l’extérieur tout en étant à l’intérieur du FdG» (message du 21/10/13)..

Au vu de la situation qui en est venue à se créer avec la résolution du PCF-Paris, nous sommes devant une rupture de l’entente explicite et implicite qui « tenait » le FdG : se démarquer du social-libéralisme en tant que force d’alternance à l’intérieur du système social et politique en vigueur, et, comme telle, la résolution devient un obstacle sur le chemin de l’Alternative, qui passerait, pour le FdG, par une révolution citoyenne (qui a besoin d’être plus précisée). Il  est vrai, par ailleurs, que, comme pour le PCF, des militants et sympathisants du PS sont susceptibles, à terme, de soutenir une démarche pour la « révolution citoyenne » en tournant le dos à la ligne politique de la direction et de ses congrès.

Il reste un problème

La ligne politique du FdG  – que nous pourrions résumer par « autonomie par rapport au libéral-socialisme »,  Ecosocialisme,  révolution citoyenne, voire VI République, et  quelques  potentialités d’un nouveau  mode de fonctionnement  – reste  encore à développer. La crise qui vient d’avoir lieu entre le PCF et les reste du FdG tel qu’il était constitué, apporte une clarification. La partie du FdG la moins acquise à cette  ligne politique s’est mise à pratiquer le double jeu. Elle s’est mise ainsi hors-jeu.

L’issue de la crise actuelle doit passer par une recomposition du FdG, associant (et non pas unifiant) ses diverses composantes. L’initiative des 23 et 24 novembre (4 composantes formeront un seul groupe) pourrait déjà être une étape.

Il reste un problème.

Ces dernières années, maints pays de la planète ont connu de grands  mouvements sociaux, en mobilisant des masses considérables de citoyens, en dehors des mouvements politiques institués. C’est bien une nouvelle donne générationnelle. Il s’agissait de mobilisations portant sur des objectifs progressistes qui mettent potentiellement en cause les régimes établis et le système politique et économique lui-même. Ceci risque d’apporter -à terme- des changements dans les modes de faire la politique, faisant de la place à des initiatives « spontanées » de mobilisations (mais qui trouvent écho dans nombreux citoyens qui se sentent concernés).

La problématique politique classique couvre les relations Etat-société. L’État est ainsi le lieu d’où l’on peut agir sur la société et ses diverses composantes, ainsi que pour la transformer. Mais, depuis déjà des décennies, il est apparu clairement que la société se  transforme elle-même, avec  des pratiques qui d’abord restent longtemps très minoritaires, mais qui atteignent, à un certain moment, une « masse critique » (2)Michel Lepesant, masse critique et suffisance, http://decroissances.blog.lemonde.fr/?p=391 qui leur donnent une reconnaissance sociale  implicite. C’est le cas des AMAP, des jardins partagés, des monnaies solidaires locales, etc.
Ces pratiques sociales minoritaires (mais capables de prendre de l’ampleur) ne sont pas du ressort des partis politiques classiques, qu’ils soient de gauche ou de droite. Ces pratiques, auxquelles les écologistes radicaux sont attentifs, relèvent de la citoyenneté collective, tandis que les partis classiques sont plutôt orientés vers les moments électoraux et la gestion de l’état. Ajoutons que le mouvement associatif est aussi  du ressort de la citoyenneté collective (3)«Citoyenneté individuelle et citoyenneté collective», in Changement & Société, blog de Albano Cordeiro (www.albanocordeiro.wordpress.com). La citoyenneté individuelle est présentée comme l’instrument de base qui caractérise la démocratie représentative. L’«intérêt général», l’intérêt de tous, résulte d’une addition d’opinions individuelles. Par contre, la citoyenneté collective  vise une définition de l’ «intérêt général» qui serait la déterminante (géom. : ligne qui résulte d’autres lignes tracées en différentes directions) d’une série d’opinions présentes dans la société, par une confrontation pacifique de leur diversité. Le «parti-société» serait le simili-parti qui agirait surtout au  sein de la société de façon à faire converger les opinions de groupes de citoyens..

Les pratiques se rattachant à la citoyenneté collective ne sont pas traitées d’un point de vue politique par les partis classiques.

En France, les mouvements sociaux du type observé en Espagne, en Grèce, au Portugal, aux États-Unis, et dans d’autres  pays, ne se sont pas  reproduits. Mais il n’est pas dit qu’ils n’auront pas lieu. Par contre, des pratiques sociales novatrices existent bel et bien, mais il y a manifestement une insuffisance d’accompagnement politique.

Il se pourrait que, avec la crise qui traverse le FdG – et qui va exiger une refondation – quelques conditions se trouveront réunies pour des évolutions dans le sens indiqué ci-dessus.

Albano Cordeiro, FASE XXème, Paris

Notes et références   [ + ]

1. Michel Lepesant (AlterGauche26) a exprimé une vision un peu différente : «Pendant des années, on a connu l’hésitation pour savoir s’il fallait changer le PCF de l’intérieur ou de l’extérieur. Le FdG a inventé un schmilblic : nous faire croire qu’on pouvait tenter de changer le PCF de l’extérieur tout en étant à l’intérieur du FdG» (message du 21/10/13).
2. Michel Lepesant, masse critique et suffisance, http://decroissances.blog.lemonde.fr/?p=391
3. «Citoyenneté individuelle et citoyenneté collective», in Changement & Société, blog de Albano Cordeiro (www.albanocordeiro.wordpress.com). La citoyenneté individuelle est présentée comme l’instrument de base qui caractérise la démocratie représentative. L’«intérêt général», l’intérêt de tous, résulte d’une addition d’opinions individuelles. Par contre, la citoyenneté collective  vise une définition de l’ «intérêt général» qui serait la déterminante (géom. : ligne qui résulte d’autres lignes tracées en différentes directions) d’une série d’opinions présentes dans la société, par une confrontation pacifique de leur diversité. Le «parti-société» serait le simili-parti qui agirait surtout au  sein de la société de façon à faire converger les opinions de groupes de citoyens.

  Une commentaire à “LA CRISE DU FRONT DE GAUCHE – La clarification et les nouvelles perspectives”

  1. Il est peut être grand temps d’évincer le PCF ( parti ringard et productiviste ) du FdG, mais il faudra que JLM et d’autres introduisent un peu plus d’antiproductivisme et un peu moins d’amour de la technoscience pour unir à la gauche de la gauche et pour que j’accorde un quelconque intérêt au PG. Il y a encore du chemin à faire.

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