Nov 012012
 

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Assez !

Nous en avons assez de ces appels et communiqués qui égrainent sans cesse les mêmes litanies plaintives et seulement défensives ! Avons-nous seulement à reprocher au capitalisme ses multiples crises : sociales, écologiques, économiques, démocratiques, morales, anthropologiques ? Non, même si le capitalisme était en train de réussir, nous nous y opposerions : ce n’est pas le capitalisme en crise que nous dénonçons, c’est le capitalisme et son monde !

Qu’avons-nous à reprocher à l’actuel gouvernement ? De ne pas tenir des engagements auxquels nous n’avons jamais cru, et même que nous avons toujours combattus ? Enfin ! Même si nous faisons quelques différences entre Hollande et Sarkozy, est-ce une raison pour nous adresser au gouvernement actuel comme s’il nous devait des comptes parce que nous aurions voté pour lui ?

Non, nous devrions nous adresser à lui comme nous aurions déjà dû nous adresser au précédent : nous ne pouvons plus supporter cette rhétorique des compromis par laquelle, depuis des décennies, les organisations syndicales comme les organisations politiques dites de gauche n’ont cessé d’échanger des concessions toujours grignotées contre des promesses jamais tenues !

Devons-nous continuer de faire croire que chaque réaction de défense aux multiples agressions subies va donner le signal du frémissement révolutionnaire, que « ça y est, ça va péter » ? Non, nous devons reconnaître au contraire à quel point nous sommes faibles, affaiblis, à quel point les dominants sont arrogants et réussissent à nous imposer leur cadre de négociation dans lequel, de toutes façons, les réponses seront biaisées. La lutte des classes existe et ce sont bien les riches qui sont en train de la gagner.

Que faire ?

Adopter une stratégie de rupture. Bien sûr rupture avec le capitalisme ; mais aussi rupture avec nos vieilles façons de lutter contre le capitalisme. Cesser de répéter les solutions de facilité et avoir l’audace politique de poser les « questions difficiles ». Agir pour une rupture radicale, celle qui va à la racine : la racine du capitalisme est le productivisme. Comme preuve par l’absurde, il existe des anticapitalistes productivistes et pronucléaires ! Comme nous voulons nous débarrasser définitivement du capitalisme, nous dirigerons nos offensives contre le productivisme. Et comme il n’y a pas de production sans consommation (car il faut bien consumer/consommer sans cesse pour que la croissance se poursuive), notre antiproductivisme sera aussi un anticonsumérisme.

Nous en avons assez de ces analyses désuètes qui restent incapables d’inscrire toute revendication sociale dans le cadre écologique de la soutenabilité. C’est pourquoi une démarche offensive doit revendiquer une stratégie de transformation sociale et de transition écologique.

Nous devons nous mettre en position de rentrer dans des rapports de forces :

Bien sûr, organiser la jonction des luttes et profiter de chaque résistance pour replacer les luttes dans une perspective résolument émancipatrice.

Bien sûr, poursuivre nos eSpérimentations minoritaires qui, sans attendre, commence à construire d’autres mondes possibles, dans tous les domaines du vivre ensemble (habiter, produire, échanger, se transporter, se cultiver…).

Mais tout cela restera insuffisant si nos luttes et nos constructions ne trouvent pas à s’inscrire dans une stratégie de rapports de forces idéologiques : nous devons replacer chaque revendication, chaque lutte dans une perspective enthousiasmante, mobilisatrice, unifiante, systémique…

Que proposer ?

Une telle stratégie de rupture devrait revendiquer :

  • Bien sûr le droit au « plein-emploi » ; à condition de ne pas réduire l’emploi au salariat (que nous voulons abolir) mais de l’étendre à toute activité socialement utile. Toute activité socialement utile mérite un revenu : un revenu, c’est un dû !
  • Bien sûr une réduction massive du temps de travail productif ; à condition de ne pas s’en remettre aux seuls gains de productivité mais de porter un véritable droit au temps partiel choisi. Car la question n’est plus de simplement redistribuer la richesse, de seulement répartir les gains de la croissance : c’est de cesser cette absurdité d’une vie perdue à la gagner !
  • Bien sûr une extension des services publics ; à condition de ne pas en revenir aux vieilles recettes étatiques. Seules des régies décentralisées (eau, énergie, mobilité, santé) et autogérées avec les usagers, pourront aujourd’hui mener le vrai combat de la maîtrise des usages : celui  de l’extension du champ de la gratuité.

Assez de blabla, revendiquons !

Forts de notre expérience historique récente, nous savons que se mettre d’abord ensemble pour ensuite prétendre discuter pour changer de paradigme ne peut pas réussir (et constitue donc une faute politique) et ne peut au mieux que produire un catalogue de propositions hétéroclites.

C’est pourquoi l’unité, la jonction des luttes, la convergence des alternatives concrètes ne pourront se faire qu’à partir de propositions à la fois radicales et pragmatiques, par exemple :

  1. arrêt de tous les nucléaires, au temps t le plus proche, techniquement parlant,
  2. réduction massive du temps de travail et droit au temps partiel choisi,
  3. défense réelle de services publics relocalisés en régies territoriales autogérées, pour la révolution de la gratuité,
  4. réforme immédiate des retraites par la mise en place d’une retraite d’un montant unique, pour tous, dès 60 ans,
  5. égalité réelle des femmes et des hommes,
  6. abolition des dettes du Sud global, à qui sont dus la dette écologique et le droit à un « tunnel de croissance », vers le buen vivir,
  7. assurer à toutE licenciéE la continuité de son revenu par la mise en place de fonds de reconversion abondés par les richesses socialisées,
  8. garantie aux plus jeunEs d’une vie décente et autonome par une allocation universelle de 18 à 25 ans,
  9. mise en avant des dettes sociales et des dettes écologiques pour cadrer toute discussion budgétaire,
  10. exemple encore plus concret, par ex. sur l’automobile : garantie pièces et main-d’œuvre sur 10-15 ans, limitation de tous les moteurs à 90 km/h  (autoroutes inutiles),
  11. démocratie maintenant : proportionnelle, pluralisme des modes de désignation (tirage au sort, délégation, mandat impératif) et de décision (referendum, preferendum, conférence de citoyens…), mandats courts, non-cumulables, révocables (bilan d’étape à mi-mandat),
  12. création d’un fonds pour la reconversion économique et la transition écologique, par la relocalisation, vers des produits socialement utiles et écologiquement soutenables,
  13. la mise en place d’un plancher des revenus implique celle d’un plafond : pour un revenu maximum (d’un montant) acceptable (RMA), avec un écart de 1 à 6,
  14. assumer l’audace des décisions politiques unilatérales : pour l’Europe, les monnaies, les nucléaires, la fiscalité…

Quelles dettes ?

Aujourd’hui, les dominants du Nord Global ne cessent de mutualiser leurs pertes pour continuer à privatiser leurs gains et leurs profits. Assez de ce blabla qui fait passer tout revenu salarial pour une « charge » ! Assez de cette rigueur budgétaire qui ne cesse de réduire les dépenses pour éviter d’avoir à augmenter les recettes ! La décroissance des inégalités, c’est le pilier d’une gauche antiproductiviste.

Nous demandons des budgets équilibrés : par la hausse des recettes et l’abandon des dépenses porteuses de destruction ! Parce que nous refusons que la croissance de demain paie les déficits d’aujourd’hui. Parce que nous demandons aux enrichis de payer leur dette sociale ! Qu’ils cessent de faire croire que leur « réussite » est individuelle ! Qu’ils cessent surtout de transmettre aux générations suivantes la dette écologique de leur gaspillage ! Notre critique, c’est une critique des rapports et des modes de production et aussi une critique des produits, de leurs « ressources » et de leurs déchets : quels produits ? Pourquoi et comment les produire ? Pourquoi les consommer ?

Comment faire ?

Seule une recomposition politique autour d’un pivot de revendications antiproductivistes peut espérer rétablir un rapport de forces idéologique en faveur de la classe de tous ceux qui ont une activité sociale utile :

  • Il ne suffira pas d’appeler à des convergences électorales : à ce que nous appelons au MOC « l’unitude », qui revient à « faire nombre » avant de « faire sens » ; et à tenir un discours culpabilisant sur tous les défenseurs des cohérences idéologiques en les accusant d’entretenir la division, rengaine usée de ceux qui croient encore à la prise préalable du pouvoir central pour changer le monde.
  • Il ne suffira pas de se rassembler autour de ces organisations qui maintiennent l’illusion de stratégies de renversement par des majorités institutionnelles : nous défendrons une stratégie de basculement par des minorités, en convergence avec les mouvements sociaux, pour influencer des majorités. C’est cela la révolution « lente », celle qui constitue notre perspective politique.
  • Aujourd’hui toutes les recompositions à gauche n’ont été que des stratégies électorales qui n’ont fait que répéter les vieux modes d’organisations et qui réussissent même le tour de force de pratiquer au sein de la gauche de la gauche la rhétorique des compromis et des concessions !

Au sein d’un tel projet de recomposition politique qui est un programme de convergence des radicalités, anticapitalistes, écologistes, antiproductivistes et antinucléaires, nous apparaîtrons comme un aiguillon de radicalité, pour imposer les débats et les propositions ici et maintenant : au nom d’un droit souverain aux expérimentations sociales et écologiques, en visant un effet de masse critique (la puissance des minorités plutôt que le pouvoir des majorités, les contre-pouvoirs plutôt que la prise préalable des pouvoirs), en allant aux élections non seulement pour des « effets de propagande » mais aussi pour construire des « rapports de force » ; en offrant aux luttes les débouchés de la cohérence et des ruptures nécessaires.

  9 commentaires à “Adresse du MOC aux antiproductivistes de gauche, libertaires et écologistes”

  1. OK, bon boulot ! Sylvie.

  2. L’idée est bien entendu très bonne, et mérite d’être approfondie.
    Il y a cependant un hic, et de taille. Comment envisager ne fut-ce qu’un semblant de décroissance avec le PCF ?
    Outre que ce parti n’a jamais raté une occasion de voter avec la droite quand il s’agit de nuire à la démocratie, quelles que soient les limites de cette dernière (pour ceux qui l’auraient oublié les députés communistes allemands ont voté avec les nazis pour faire tomber le dernier gouvernement démocratique de la République de Weimar), le PCF, pro-nucléaire, productiviste et consumériste à tout va, vient encore, au Sénat, de montrer tout ce qui le sépare d’un semblant d’approche de la Décroissance.
    En effet, en votant contre le projet de tarification croissante du prix de l’énergie en fonction de la consommation, il vient de montrer son incompréhension totale de la politique que nous essayons, chacun avec nos moyens, de diffuser.
    On peut penser ce qu’on veut de cette mesure, on peut la trouver maladroite, pas facilement applicable, il n’empêche que pour la première fois, l’attention était attirée sur le gaspillage, et le fait qu’en tout état de cause, il convenait d’en payer le prix.
    Le vote du PCF au Sénat, montre qu’un accord avec ce parti est pour le moins un programme de très longue haleine, pour ne pas dire une utopie.
    Ce qui n’interdit pas d’essayer, mais à condition de rester lucide. A tout prendre, je crois bien que les socialistes sont plus proches de comprendre nos positions que le PC, mais peut-être que je me trompe.
    Bien amicalement à tous.

    • @Hassid

      Je ne vois pas où est le « hic » sauf à croire que toute recomposition de la gauche doit en passer par le PCF ; ce que nous ne croyons pas.

      La recomposition à gauche aujourd’hui avec le PCF, elle existe déjà et elle s’appelle le Front de gauche : nous n’y adhérons pas.

      Proposer une recomposition de la gauche, des écologistes et des libertaires autour d’un pivot antiproductiviste et antinucléaire devrait nous éviter de subir l’appareil désuet d’un parti effectivement très loin de la décroissance. Ce qui ne veut pas dire que nous n’espérons pas être rejoints par les militants qui ont encore l’idée d’une belle gauche qui prendrait l’offensive par de « belles revendications ».

  3. Le programme radical, sans concession à l’air du temps…. Globalement séduisant. Petites remarques : la réduction du temps de travail massive, oui, mais progressive pourrait être chiffrée : 32 h hebdo tout de suite et… A l’échelle de la vie, la retraite à 55 ans serait logique…
    Quelques calculs indicatifs à partir du Pib ( 2 OOO Mds) pour faire valoir que vivre mieux avec moins c’est possible – sous réserve d’une forte réduction des inégalités . La réduction de la vitesse à 90 km/h… sera difficile à faire admettre… (je n’ai pas d’automobile).
    *
    Le parti pour la décroissance (PPLD) vient d’opérer un rapprochement avec le parti de gauche (invitation aux assises de l’écosocialisme en décembre), alors… le Moc avec, à côté,ou contre (?!) le PPLD ? Difficile à suivre pour qui n’est pas dans le secret des « directions » !
    Alliances électorales en vue (municipales) ?
    A.-R.V

  4. Ce que vous appelez richesse socialisée c’est en fait un salaire pour tous et à vie basé sur la qualification. la seule solution est d’étendre la cotisation salariale à toute la richesse produite c-a-d au PIB de cette façon on supprime le profit des actionnaires on enrichit le pays en garantissant le revenu des personnes travaillant pour la protection sociale et les retraités ce qui fait que l’ensemble des travailleurs s’empare du pouvoir économique et décident quoi comment et de quelle manière produire, ce n’est pas une utopie la sécurité sociale est bâtie selon le même principe de cotisation il suffit de le généralisée à l’ensemble de la production. Il suffit d’expliquer aux gens qu’ils peuvent prendre leur destin en main car ce sont eux qui produisent les richesses Lire l’enjeu du salaire de Bernard Friot et se rendre sur le site réseau salariat

    • Bien sûr, la proposition de Bernard Friot a un « air de famille » avec notre revendication de revenu inconditionnel (RI). Mais il y a aussi de fortes différences :
      – Le RI ne suppose aucune qualification ; juste la reconnaissance qu’en dehors des activités définies comme illicites, tout membre d’une société a une utilité sociale qui doit être collectivement reconnue… par un « revenu » ; pas par un « salaire ».
      – Le RI est versé inconditionnellement de la naissance à la mort, sans contrepartie.
      – La revendication du RI s’articule avec celle d’un revenu (d’un montant) maximum acceptable, le RMA : pas de RI sans RMA, et réciproquement.

    • Hélas il ne suffit pas d’expliquer aux gens !
      Si cette formule convenait il y a longtemps que nos arrière-grand-parents l’auraient compris et appliqué.
      La question est de briser des tabous mentaux établis par une idéologie en place, qui est conforme au mode de vie et donne un sens au vécu de ces gens.
      Les priver de cette perspective c’est les précipiter dans l’inconnu, donc dans l’insécurité, donc dans le rejet.
      Nos enfants sont comme des poissons dans l’eau dans cette société consumériste et nous avons les plus grandes difficultés avec eux à ne pas nous ridiculiser en parlant de gratuité et de justice sociale et nous voudrions d’un même élan convaincre les gens de la toxicité du système qui les fait (sur)vivre ?
      Commençons pour convaincre, à être certains de l’effet que nous produirons auprès de ceux qui nous sont proches, après seulement il nous sera raisonnablement possible de penser à convaincre « les gens ».
      Incapables de nous saisir des armes de l’ennemi prétendument par souci de ne pas se salir ( fort louable à priori ) nous employons les moyens identiques à ceux de nos chers grand-parents, tractage ( grosse différence, nous marquons qu’il ne faut pas les jeter sur la voie publique, entendant par là que nous savons qu’ils ne seront pas lus… ), réunionnite aigue, colères parfois violentes de certains de nos camarades de luttes qui reportent leur problèmes conjugaux au sein du collectif, pensant ainsi s’amender des violences conjugales…
      Pas un instant nous n’osons aborder le problème de la communication comme l’entendent nos maîtres ( je ne parle pas de « maîtres à penser » ! ), à savoir comment parler pour enfin se faire entendre ?
      Rompus à l’art de la manipulation quel que soit notre nombre nous ne serons que des miettes.
      Comment s’adresser à une personne pour la toucher au cœur, assez pour provoquer un questionnement ?
      Comment parler pour ne pas donner la sensation d’agresser et donc rester audible tout en ne sortant pas du sentier ?
      Là est le nœud et va falloir faire vite pour apprendre les règles élémentaires et se faire des alliés par millions…
      Le changement ne se fera pas sans un changement des mentalités, le croire est encore reculer l’échéance et aggraver l’ensemble de la situation par négligence et ceci peut-être de façon irréversible, la fascisation de nos sociétés européennes n’est pas le fait du hasard, c’est le processus par lequel le néolibéralisme se survivra, par la terreur, soyez-en certains.

  5. Pourquoi une recomposition seulement de la gaugauche ? Vous ne voulez pas de la droite, moi non plus. Mais la vie ce n’est pas la droite et la gauche. Il y a d’autres forces qui n’ont pas besoin de se nommer ainsi pour exister, et qui sont plus libres.

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